Les rivalités économiques entre puissances peuvent-elles déboucher sur une guerre mondiale ? Telle est la question à laquelle nous nous trouvons confrontés aujourd’hui, au grand désarroi des générations d’après 1945 habitées à l’idée d’un monde où la guerre ne frappe que les pays pauvres et périphériques. C’est aussi celle posée par Norman Angell, homme politique britannique, dans son best-seller The Great Illusion (« la grande illussion »), publié en 1909.
Angell veut démontrer que l’économie moderne crée tant d’interdépendances qu’elle ne saurait souffrir une guerre et que la prise de contrôle politique d’autres territoires n’enrichit pas le conquérant, car la richesse provient de l’activité économique privée, non de la puissance politique. Cette affirmation du caractère naturellement pacifique de l’économie de marché remonte au moins au « doux commerce » de Montesquieu.
Elle découle d’un credo libéral, celui du gain mutuel lié à l’échange non coercitif – un cadre théorique et normatif qui imprègne l’économie internationale, comme système d’institutions régulatrices. On a beau savoir que la réalité est moins rose, que la coercition et la prédation existent, on les considère comme des résidus moins profitables que l’échange libre entre égaux de droits, que ce soit pour les nations ou les individus. Dans cette perspective, ce sont les folies des hommes politiques qui conduisent à la guerre, pas les calculs rationnels des entrepreneurs ou des ministres des finances.
C’est encore ainsi que beaucoup interprètent la Grande Guerre, qui semble opposer un démenti sanglant à Angell, comme le résultat de l’irrationalité économique des dirigeants politiques, particulièrement des autocrates subsistant en Europe. D’autres cependant incriminent plutôt l’impact des échanges internationaux en termes redistributifs au sein de chaque pays.
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