mercredi, janvier 28
Des radiographies mammaires, après un bilan de santé préventif contre le cancer du sein, à l’hôpital Ambroise-Paré de Marseille, en avril 2008.

Du dépistage à l’après-cancer en passant par les soins, la prise en charge du cancer du sein connaît de « nombreuses lacunes », avec de fortes inégalités sociales et territoriales, juge la Cour des comptes dans un rapport publié mercredi 28 janvier, qui préconise « une action publique vigoureuse ».

Vu ses « conséquences sanitaires, sociales et économiques », le cancer du sein – le plus répandu et le plus meurtrier pour les Françaises – constitue « un enjeu majeur de santé publique », souligne ce rapport présenté à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, qui l’avait sollicité. Il a mobilisé près de 4,7 milliards d’euros de dépenses d’assurance maladie en 2023, soit plus de 65 % qu’en 2015, et « un reste à charge significatif » – 1 549 euros en moyenne –, poussant « les plus démunies » à des renoncements de soins, pointe cette évaluation sur 2015-2025.

Et « de nombreuses lacunes demeurent : hétérogénéité des pratiques de dépistage et de suivi, inégalités territoriales et sociales d’accès aux soins, coûts élevés pour certaines prises en charge telles que la reconstruction mammaire, et intégration insuffisante des soins de support ». Ainsi, le recours au dépistage organisé est « insuffisant et en recul » et « concurrencé » par un dépistage individuel, marqué par « des lacunes » – comme l’absence de seconde lecture des images – et « coûteux », selon le rapport d’environ 130 pages.

« Insuffisances du suivi à long terme »

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Face à ce constat, les magistrats financiers préconisent des « évolutions organisationnelles » et de « ciblage » pour améliorer l’efficacité du dépistage, ainsi que le recours à l’intelligence artificielle. Le parcours de soins présente également « des lacunes », entraînant « une inégalité de la qualité et de la sécurité des prises en charge », juge la Cour.

Alors que les données scientifiques établissent un lien entre volume d’activité élevé et amélioration de la survie pour les femmes, la réglementation française a récemment relevé de 30 à 70 le nombre minimal annuel de séjours de chirurgie du cancer du sein permettant d’autoriser l’activité d’un établissement, loin de la recommandation européenne suggérant un seuil à 150. La Cour appelle donc à s’aligner sur ce chiffre.

Pour l’après-cancer, « des séquelles lourdes et variées persistent pour une large proportion de femmes traitées pour un cancer du sein, révélant les insuffisances du suivi à long terme et un accès encore limité aux soins de support ». « Si plusieurs dispositifs constituent des avancées, leur déploiement demeure inachevé, marqué par une mise en œuvre hétérogène, des financements insuffisants et des inégalités territoriales persistantes », ajoute la Cour, qui recommande de faciliter l’accès aux soins de support, particulièrement l’activité physique adaptée, ou rendre obligatoire dès 2027 l’élaboration d’un programme personnalisé d’après-cancer pour les établissements de santé.

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Le Monde avec AFP

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