Le livre petit et souple ressemble à un manga 100% japonais, à l’exception du nom de son autrice: Camille Broutin est une Française de 28 ans qui a adopté tous les codes de la BD nippone dans « Yon », une série fantastique très appréciée des jeunes lecteurs.
« C’est cool! », s’exclame un garçon en CE2 en découvrant les planches de « Yon » exposées pour la première fois en France au festival de BD de Bastia, qui se tient ce weekend.
Camille Broutin sourit discrètement. La jeune femme reconnait être « un peu surprise » du bon accueil réservé à son manga auquel elle consacre tout son temps dans son appartement de Lille.
« Je ne fais que ça, je suis tout le temps chez moi à dessiner », témoigne-t-elle. « Je travaille surtout la nuit, car je suis plus concentrée, et je dors entre 09H et 14H ».
Après avoir réussi à publier les deux premiers tomes de « Yon » en 2025, Camille Broutin sort le 3e en avril et promet de terminer le 4e et dernier pour qu’il soit disponible à la fin de l’année. Soit quelque 1.000 pages dessinées essentiellement à la main, à l’encre de Chine, et non à l’ordinateur.
Les tomes 1 et 2 se sont jusqu’à présent vendus à 19.000 exemplaires, « ce qui est vraiment bien pour une jeune autrice », se félicite son éditeur Dargaud.
L’action de « Yon », qui s’adresse surtout aux adolescents et aux jeunes adultes, se déroule dans un internat disciplinaire pour jeunes filles perdu en plein désert. La vie quotidienne y est brutalement bouleversée lorsque tombent du ciel de grosses billes blanches, en réalité des créatures vivantes qui dévorent tout ce qu’elles touchent.
Les adultes ayant fui, les adolescentes se retrouvent seules à affronter cette menace et à s’organiser pour survivre.
– Huis clos fantastique –
« Ce qui m’intéressait, c’était de mettre en scène un huis clos fantastique et les réactions des différents personnages face à un événement très stressant », relate Camille Broutin, qui dit avoir été inspirée par ses années de lycée pour créer ses héros.
Raconter une telle histoire par le manga relevait de l’évidence pour l’autrice, qui a découvert la BD japonaise à sept ans en lisant les albums de son grand-frère, en particulier « Naruto » et « Death Note ». Tout en goûtant aussi les « aventures de Tintin », du maître de la BD franco-belge Hergé.
À l’adolescence, elle dévore les mangas, dont elle apprécie la netteté du trait en noir et blanc, l’efficacité du mode narratif et la lecture de droite à gauche.
Après avoir étudié à l’école des Gobelins à Paris, Camille Broutin part au Japon pour un stage de trois mois dans un studio d’animation à Tokyo, qu’elle n’a pu prolonger à cause de la crise du covid.
Elle espère aujourd’hui que sa carrière la conduira « naturellement » à retourner dans l’archipel et que « Yon » soit traduit en japonais, réalisant ainsi un « rêve d’enfant ».
Rares sont les « mangakas » (auteurs de mangas) étrangers ayant réussi à percer au Japon, un marché où les traductions d’albums sont très rares.
Lorsqu’elle aura terminé « Yon », Camille Broutin prévoit de se lancer dans un nouveau défi d’envergure: un roman graphique en trois tomes et en couleur, en collaboration avec le duo de scénaristes BeKa (Caroline Roque et Bertrand Escaich), avec lequel elle a déjà travaillé.
jri/mch/abl




