lundi, janvier 26

« On n’est pas contre la police, on est contre la police qui nous tue »: plusieurs milliers de personnes ont défilé ce dimanche 24 janvier à Paris pour soutenir la famille d’El Hacen Diarra, Mauritanien mort en garde à vue dans la nuit du 14 au 15 janvier.

Une foule de visages endeuillés s’est réunie en début d’après-midi au pied du foyer de travailleurs migrants dans le 20e arrondissement où vivait El Hacen Diarra et devant lequel il a été violemment interpellé. Environ 2.300 personnes étaient présentes, selon la préfecture de police de Paris.

« Quelqu’un de gentil »

Derrière une banderole réclamant « Justice » pour El Hacen Diarra et souhaitant « paix à son âme », plusieurs membres de sa famille arboraient des T-Shirts noirs exigeant encore « Justice et Vérité » en lettres blanches. « Ça fait très, très mal », confie à l’AFP sa cousine, Diankou Sissoko. « On est là car c’est notre devoir, nous sommes sa famille. Mais je ne crois pas du tout qu’il y aura une justice. Parce qu’avant qu’El Hacen soit mort, il y avait déjà eu d’autres morts, et il n’y a jamais eu de justice », livre-t-elle d’une voix calme.

« Mon cousin, c’était quelqu’un de gentil, souriant, réservé », décrit-elle.

« Quelqu’un de tranquille », en somme, ajoute-t-elle, se disant « vraiment surprise » du récit des policiers le dépeignant comme agressif. La version de ces derniers fait l’objet d’investigations.

Sur une vidéo captée par un voisin, et qui a circulé sur les réseaux sociaux, on distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donne deux coups de poing à El Hacen Diarra, plaqué au sol. On l’entend crier: « Vous m’étranglez ! », selon l’analyse du son réalisée par la famille du défunt. Amené au poste, El Hacen Diarra, 35 ans, y est mort.

Une information judiciaire a été ouverte pour violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique et des examens complémentaires à l’autopsie ont été ordonnés.

« Peur de sortir »

Près du muret où El Hacen Diarra a été interpellé, des fleurs et des lettres de condoléances. On y lit: « On n’est pas d’accord avec la violence de la police française contre les immigrés ». « Les policiers passent tout le temps » devant le foyer, témoigne auprès de l’AFP Mamadou Dia, Sénégalais de 65 ans qui y réside depuis 20 ans. « Chaque fois, ils veulent qu’on rentre… mais il faut qu’on prenne l’air quand même ! ».

Aux fenêtres du foyer en tôle, quelques visages se dessinent. Ceux des résidents qui ont « peur de sortir » désormais car les « deux policiers » ayant interpellé El Hacen Diarra « sont toujours en exercice », explique à l’AFP l’adjointe à la mairie du 20e, Anne Baudonne. « On ne comprend pas pourquoi le ministre de l’Intérieur n’a pas trouvé légitime de les suspendre », insiste cette élue communiste.

« Rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort » d’El Hacen Diarra, a répondu le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez dans un entretien dimanche au Parisien, tout en ajoutant que « le fonctionnaire qui, sur les images, met deux coups de poing, devra s’expliquer ».

Cette peur s’étend au-delà du foyer. « Je suis habitant du 20e arrondissement, et si j’ai un problème, c’est à ces policiers que je dois m’en remettre », relève un éducateur de 29 ans qui a requis l’anonymat. « Je suis ici pour exprimer que ce n’est pas possible, qu’il y a trop de problèmes avec ce commissariat. »

Dans le cortège, du haut d’un char, plusieurs organisateurs prennent la parole, dont Assa Traoré, figure de la lutte contre les violences policières. « Si nous laissons passer pour El Hacen, il y aura de nombreux El Hacen », scande-t-elle, le poing levé. « On n’est pas contre la police, on est contre la police qui nous tue », renchérit Doums Coulibaly, délégué d’un intercollectif pour les sans-papiers. Cette police-là, il faut la « filmer ». « Quand vous voyez une situation avec un policier, filmez-le, montrez-le, partout ! »

Article original publié sur BFMTV.com

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