jeudi, juillet 23

Le 22 juillet 2016, Jean Bigirimana, journaliste de 37 ans travaillant pour Iwacu, média indépendant emblématique au Burundi, se rend à Bugarama, à 40 km au nord de la ville de Bujumbura, pour y rencontrer un homme qui travaille pour les services de renseignements.

Ses collègues, sa femme et ses deux enfants commencent à s’inquiéter en fin d’après-midi en ne le voyant pas revenir. Le journal alerte la police, sans succès. Iwacu va finir par lancer sa propre enquête.

« On a découvert qu’il avait été contacté par quelqu’un des services de renseignement », expliquait au micro de RFI en 2024 le fondateur d’Iwacu, Antoine Kaburahe. D’après « un témoin oculaire », indiquait-il, « Jean a été enlevé [de force, NDLR] par un véhicule aux vitres teintées. Ça, c’est un fait qui nous a été communiqué ». « Finalement, les langues se sont déliées, on a appris qu’il a été effectivement emmené et on n’a jamais retrouvé sa trace », ajoute le fondateur d’Iwacu.

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« Avant l’enlèvement, il recevait des menaces. On lui disait qu’il était du côté des opposants », indiquait, toujours en 2024, Godeberthe Hakizimana, épouse du disparu, dans un pays alors dirigé par l’ancien président Pierre Nkurunziza. Quelques jours plus tard, deux corps en mauvais état sont repêchés dans la rivière Mubarazi, non loin.

Convoquée pour identifier l’un des corps, « son épouse se retrouve seule face à un cadavre décapité, entourée de policiers », écrit RSF. « En état de choc, elle n’est pas en mesure de confirmer qu’il s’agit de lui ». Les corps sont ensuite enterrés sans test ADN ni expertise.

Une impunité dénoncée

Dix ans après sa disparition, aucune enquête sérieuse n’a été initiée par les autorités burundaises jusqu’ici. Antoine Kaburahe, fondateur du média Iwacu, qui vit aujourd’hui en exil depuis 2015, sait qu’il ne faut pas se faire d’illusions : il faudra encore attendre pour connaître la vérité sur ce qui est arrivé à son confrère.

« C’est triste à dire, mais il y a une réponse toute faite depuis longtemps au Burundi, c’est tout rose. C’est-à-dire les enquêtes se poursuivent. Il n’y a jamais eu d’enquête. Par contre, il y en aura un jour. Je garde cet espoir et d’ailleurs, c’est ça qui nous pousse à ne pas oublier », explique-t-il au micro d’Amélie Tulet du service Afrique de RFI.

« On ne doit pas se faire d’illusions. Ce n’est pas aujourd’hui que les autorités vont bouger et n’ont pas bougé en 2016. Elles n’ont pas bougé en 2017. En 2018. Nous sommes en 2026. C’est peut-être le jour où il y aura un changement au Burundi, avec des autorités qui veulent cette fois-ci solder les comptes, non pas seulement pour Jean, mais pour tous ces Burundais qui ont été assassinés, qui ont été portés disparus, ce qui constitue pour moi le crime atroce, parce qu’on prive même les familles de la dépouille des leurs », poursuit Antoine Kaburahe.

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