- Dans les colonnes de « Libération », Roland Lescure a annoncé, jeudi 13 août, remettre la question du gel partiel des retraites sur la table.
- Il a évoqué en particulier « une indexation plus modérée » des pensions des retraités les plus aisés, pour qu’ils participent à « l’effort de redressement ».
- Un chantier que plusieurs gouvernements précédents ont tenté d’ouvrir, en vain jusqu’à maintenant.
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La piste soulevée par Bercy s’annonce d’ores et déjà particulièrement sensible politiquement. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a rouvert, jeudi 13 août, l’hypothèse d’un gel partiel des pensions de retraite pour pouvoir réaliser des économies dans le budget 2027 (nouvelle fenêtre), dans un entretien au journal Libération
(nouvelle fenêtre).
Pour lui, « la question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d’être posée »
. « Les choix ne sont pas faits, mais cela fait clairement partie des pistes que je souhaite que nous examinions, à condition de préserver les retraités les plus modestes »
, a-t-il insisté dans cet entretien. Une piste justifiée selon lui par le fait que « le
pouvoir d’achat a progressé
(nouvelle fenêtre) entre 2017 et 2026″
, et que « celui des retraités a été plus que préservé et même accru, y compris pendant la crise inflationniste de l’Ukraine »
.
Un levier potentiel d’économies… mais risqué politiquement
Le mécanisme de sous-indexation consiste à revaloriser les pensions de retraite de base à un niveau inférieur à celui de l’inflation (nouvelle fenêtre), contrairement à ce qui est normalement prévu dans la loi. Ce dispositif peut être ciblé sur les pensions de retraite les plus élevées.
Jusqu’alors, les pensions de retraite de base ont été revalorisées de quelque 15% entre janvier 2022 et janvier 2026, du fait de cette inflation. Pour l’année 2026, cette dernière est attendue en hausse, proche de 2% (nouvelle fenêtre). Ne pas revaloriser une partie des pensions de base en 2027 pourrait donc permettre d’importantes économies, mais toucher aux retraites reste un exercice périlleux.
« L’année blanche »
qui avait été annoncée (nouvelle fenêtre) par François Bayrou pour 2026, comprenant le gel des pensions et de plusieurs prestations sociales, avait contribué à la fragilisation de son gouvernement, finalement renversé en septembre 2025 après le rejet de sa demande de confiance par l’Assemblée nationale. Le gouvernement de Sébastien Lecornu avait lui-même déjà tenté de geler ces pensions lors de sa proposition initiale de budget pour 2026, afin de dégager près de 3,6 milliards d’euros, mais la mesure n’avait pas été retenue par le Parlement.
Même la proposition plus modérée (nouvelle fenêtre) du prédécesseur de François Bayrou, Michel Barnier, qui consistait en un report de six mois de la revalorisation des retraites, avait largement contribué à la fronde du RN et de la gauche. Elle avait là aussi conduit à la censure de son gouvernement.
Un budget qui s’annonce d’ores et déjà « difficile »
L’idée d’un effort ciblé sur les retraités pourrait toutefois trouver un écho dans une partie de la gauche dans le cadre de l’élaboration du budget pour 2027 à la rentrée. Dans une tribune publiée jeudi par l’Opinion
(nouvelle fenêtre), le député socialiste Jérôme Guedj n’a pas fermé la porte à une sous-indexation. À condition qu’elle s’intègre dans un effort plus large ciblant également les héritages, les « niches sociales »
des entreprises et les géants de l’intelligence artificielle, a-t-il exhorté.
De manière générale, le projet de budget 2027 promet d’âpres négociations au Parlement (nouvelle fenêtre). Auprès de Libération
, Roland Lescure a reconnu lui-même que ce budget « s’annonce en effet difficile »
. Avant de s’adresser aux candidats à la présidentielle : « Aidez-nous à
faire adopter un budget sérieux
(nouvelle fenêtre) qui ne sera peut-être pas un budget idéal pour vous (…) mais qui permettra au moins de lever l’incertitude politique et de donner une feuille de route économique, j’espère raisonnable et ambitieuse pour 2027″
.
Il faudra notamment « s’interroger sur plusieurs dispositifs dont les niches fiscales et les dépenses inefficaces »
, a-t-il plaidé. Selon le journal Le Monde
, le gouvernement s’orienterait vers une baisse très limitée de son déficit, visant un objectif de 4,9% du produit intérieur brut (PIB) pour 2027.



