
Enseignant à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, l’historien Bruno Maillard est également membre du conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Spécialiste de l’esclavage dans l’océan Indien, il a notamment publié La Vie des esclaves en prison. La Réunion 1767-1848 (Plon, 2024). Ses lumières éclairent l’histoire de Joseph Madeleine Furcy, fils d’une esclave affranchie, qui lutta durant vingt-huit ans devant les tribunaux pour qu’on reconnaisse son statut d’homme libre. Une histoire que le réalisateur Abd Al Malik porte aujourd’hui à l’écran dans Furcy, né libre.
Comment, en tant qu’historien, avez-vous perçu le film « Furcy, né libre » ?
Beaucoup de choses m’ont paru très justes. La description du lobby colonial, tout-puissant à Bourbon [La Réunion], au point que les magistrats de la métropole, comme Louis Gilbert Boucher, sont choqués quand ils le découvrent. La peinture des habitations à Maurice, où le labeur et l’ordre sont tellement féroces que les historiens de l’esclavage américains préfèrent à l’appellation « plantation » le terme de « camp de travail forcé ». On est vraiment là dans la bestialisation de l’humanité. Les procès également sont bien documentés et montrent avec pédagogie les débats de l’époque. Plus discutable à mon sens est le fait d’avoir transformé Furcy en afro-descendant, alors que sa mère était née en Inde. Ces esclaves tamouls sont, pour le coup, une vraie singularité des îles et des pays du sud-ouest de l’océan Indien, durant cette période. Et les maîtres, forts de leurs préjugés, construisent des hiérarchies raciales de leurs esclaves selon leur origine.
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