vendredi, mars 27

Le détroit d’Ormuz concentre une part essentielle des flux énergétiques mondiaux. Sa paralysie dépasse largement la seule question du pétrole. « En réalité, tout le monde est touché. Tous les pays, sans exception », souligne le professeur Wang Yiwei, professeur au département de diplomatie de l’École des relations internationales de l’Université du Peuple de Chine.

Selon lui, la crise affecte à la fois les importateurs et les exportateurs, et met sous tension l’ensemble du système : « l’ordre du commerce mondial et la sécurité énergétique font face à des défis majeurs ».

Hausse des coûts d’assurance, perturbation des routes maritimes, incertitudes pour les industriels : le choc est à la fois énergétique, commercial et financier.

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La Chine en première ligne

Très dépendante des importations d’hydrocarbures, la Chine se retrouve particulièrement exposée. Le Golfe reste un fournisseur clé, et toute perturbation prolongée se répercute immédiatement sur son économie. « Les pays très dépendants des importations d’énergie, comme la Chine, sont inévitablement affectés, explique Wang Yiwei. La Route de la soie est elle aussi confrontée à des difficultés importantes. »

Le Moyen-Orient constitue en effet un maillon central : « c’est un hub qui relie l’Afrique, l’Asie et l’Europe », rappelle l’expert. Pékin y a multiplié les investissements, notamment en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Mais au-delà des projets, c’est la stabilité de cet espace stratégique qui est en jeu.

L’onde de choc dans l’industrie

La Chine dispose de « plus de 100 jours de réserves stratégiques de pétrole », ce qui permet d’amortir le choc à court terme. Mais cette protection a ses limites. « Si le blocage se prolonge, l’impact se transmettra inévitablement », prévient Wang Yiwei.

Selon lui, les premiers secteurs touchés sont en aval : « les industries pétrochimiques et les secteurs liés au raffinage seront fortement affectés ». Au cœur de l’appareil productif chinois, ces industries dépendent directement des dérivés du pétrole et du gaz.

Les entreprises privées et locales, moins bien protégées que les groupes publics, sont particulièrement exposées. « Le choc est déjà considérable et commence à se faire sentir », insiste-t-il.

Une dépendance mieux maîtrisée

Pékin aborde toutefois cette crise avec davantage d’outils qu’auparavant. « La sécurité énergétique de la Chine est bien plus solide qu’avant », assure Wang Yiwei. La dépendance aux importations a diminué, passant selon lui de plus de 70% à moins de 50%.

La Chine a aussi diversifié ses sources d’approvisionnement et ses routes d’acheminement : « nous avons à la fois des routes maritimes et des routes terrestres, notamment via des pipelines ». Le pays s’approvisionne désormais auprès de régions variées, de l’Asie centrale à l’Afrique en passant par l’Amérique latine. À cela s’ajoute la montée en puissance des énergies renouvelables, qui « a contribué à amortir la situation ces dernières années ».

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Prudence vis-à-vis de l’Iran

Dans ce contexte, la Chine reste particulièrement prudente vis-à-vis de l’Iran, au cœur de la crise actuelle. Wang Yiwei rappelle que, malgré l’annonce d’un vaste accord de coopération, les investissements chinois y restent limités : « l’Iran a toujours été une source d’instabilité, et la Chine a été très prudente ».

Entre sanctions américaines et méfiance mutuelle, Pékin a concentré ses investissements dans les pays du Golfe plutôt qu’en Iran.

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Une crise révélatrice des équilibres géopolitiques

Au-delà de l’économie, la crise met en lumière les rapports de force dans la région. « La Chine est avant tout une puissance économique, rappelle Wang Yiwei. Elle n’a pas de système d’alliance comme les États-Unis. »

Dans ce contexte, un équilibre s’impose : « la sécurité repose sur les États-Unis, tandis que l’économie repose sur la Chine ».

Mais cet équilibre est fragilisé. L’expert souligne que certaines puissances régionales pourraient être tentées de diversifier leurs partenariats, dans un contexte d’incertitude accrue. Pour Pékin, la réponse reste constante : promouvoir le dialogue et la stabilité. « La Chine privilégie les négociations pacifiques, car elle est un acteur économique et un investisseur », explique-t-il. Et dans ce jeu complexe, la crise pourrait aussi ouvrir de nouvelles marges de manœuvre : « les crises peuvent aussi créer des opportunités », conclut Wang Yiwei.

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