Un rapport parlementaire publié ce mercredi 11 février 2026 relance le débat sur la politique familiale, alors que la France connaît une baisse historique de la natalité. La France a enregistré 644.000 naissances en 2025, soit 2,3% de moins qu’en 2024 et surtout 24% de moins qu’en 2010, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Il s’agit du plus faible nombre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le texte avance une série de mesures phares: création d’un versement familial unique, refonte des congés parentaux, nouveaux leviers en matière de logement et de garde d’enfants. Objectif affiché: lever les freins matériels qui pèsent sur les familles et adapter une politique jugée coûteuse et peu lisible. Mais ces propositions, qui impliqueraient plusieurs milliards d’euros supplémentaires, interrogent déjà sur leur soutenabilité budgétaire et leur calendrier politique.
Invité du podcast Le Titre à la Une, Jérémie Patrier-Leitus, député du Calvados et rapporteur de la mission et président de la commission sur l’audiovisuel public, nous explique ces propositions pour « révolutionner » la politique familiale et la société.
Dans le cadre de la mission parlementaire consacrée à la natalité, qu’avez-vous appris que vous ignoriez sur ce sujet?
J’ai appris que les Français conservent un désir d’enfant élevé. Contrairement aux chiffres de la baisse de la natalité souvent cités, un élément est peu évoqué: les Français nous disent souhaiter avoir des enfants. L’objectif de mon rapport est de permettre à ceux qui le souhaitent de réaliser ce désir.
Quels sont les freins à la natalité, puisque les naissances sont en baisse?
Il existe un décalage entre le désir d’enfant (2 à 2,3 par femme) et l’indice de fécondité réel (1,55). Les freins sont nombreux: le logement: certains témoignages évoquent l’impossibilité d’élever des enfants dans des espaces inadaptés, ensuite les modes de garde: souvent introuvables ou trop onéreux, et puis la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle. Les 37 mesures de mon rapport tentent de répondre à ces problèmes.
Parmi vos mesures: un versement familial unique. En quoi consiste-t-il?
Ce n’est pas une mesure supplémentaire. Nous proposons de fusionner l’ensemble des aides budgétaires dédiées à la famille (allocations familiales, prestation du jeune enfant, etc.), à l’exception des aides aux modes de garde, pour créer un versement familial unique. C’est une mesure de simplification et de lisibilité.
Cette nouvelle aide remplacera-t-elle les existantes et sera-t-elle intéressante pour tout le monde?
L’ensemble des familles seront bénéficiaires. Cela implique un surcoût de 5 à 10 milliards d’euros. Cependant, la politique familiale représente déjà 110 milliards d’euros, soit 5% du PIB. Elle est devenue illisible et sans objectif précis, agissant comme une simple redistribution. Nous proposons de mieux dépenser cet argent.
Cette aide a vocation à être universelle. L’État doit rester neutre et ne pas privilégier le troisième enfant comme c’est le cas actuellement. Ma proposition est de soutenir les familles dès le premier enfant, quel que soit son rang.
Le logement est également un frein majeur. Quelle réponse apportez-vous à ce problème?
Les enfants sont effectivement la variable d’ajustement de la crise du logement; une chambre en moins équivaut souvent à un enfant de moins. Nous proposons la création d’un prêt à taux zéro accessible à chaque naissance d’un enfant pour les familles, notamment les classes moyennes. Par ailleurs, il faut améliorer la rotation du parc social pour que les logements familiaux soient occupés par des familles, et favoriser l’accession à la propriété.
Je propose également de fusionner et d’harmoniser les congés existants (paternité, maternité, parental) en un seul congé partageable entre le père et la mère. Il se décomposerait en deux temps: une période d’accueil financée proportionnellement au salaire pendant un an, suivie d’une période d’accompagnement forfaitaire jusqu’à l’entrée à l’école maternelle. Le congé maternité prénatal est bien entendu conservé.
Ces propositions sont-elles applicables alors que le Premier ministre renvoie la démographie à la présidentielle?
Nous proposons une révolution de la politique familiale pour changer de paradigme. L’objectif est clair: permettre aux Français d’avoir les enfants qu’ils désirent. Certaines mesures phares, comme le versement unique, seront débattues lors de la présidentielle, mais d’autres parmi les 37 propositions peuvent être mises en œuvre immédiatement.
Est-ce que cela va vraiment fonctionner, alors que certains sociologues estiment que la politique familiale ne joue pas un rôle majeur?
Les études indiquent que la politique familiale est efficace à deux conditions: qu’il y ait un désir d’enfant, ce qui est le cas en France, et qu’elle soit adaptée à la société. La vie des femmes et des couples a changé. Pour être efficace, la politique familiale doit s’adapter, notamment en soutenant les familles dès le premier enfant.
Article original publié sur BFMTV.com




