Le journalisme littéraire est comme les autres, il a ses routines, ses événements et ses moments d’exception. Au quotidien, il se donne pour but de guider les lecteurs à travers la masse des parutions, il manifeste son enthousiasme ou sa réticence vis-à-vis de tel ou tel texte. Et puis, de temps à autre, un livre surgit qui l’oblige à courir son risque. Il ne s’agit plus de hiérarchiser entre les textes, mais de proclamer la naissance d’une œuvre qui va compter. Le critique ne dit pas seulement « Ce roman est magnifique, précipitez-vous ! », il parie sur l’avenir en célébrant un inconnu : cet auteur est encore jeune, mais bientôt vous verrez il sera un grand, ses mots chamboulent la littérature de l’intérieur, il laissera une trace dans l’histoire de la langue française, j’en mettrais ma main à couper… Pour être crédible, un tel geste doit être rare et assumer sa fragilité, sa dimension passionnément subjective. Bref, il vous impose la première personne.
A mes yeux, Victor Malzac porte l’élan vital de toute une génération. J’avais été frappé par son recueil de poésies Dans l’herbe (Cheyne, 2021), qui faisait bégayer la langue pour mieux dire l’adolescence, l’espoir et la rage, la solitude en bande : « bonjour,/ c’est moi,/ je me, j’arrache/ des mottes d’herbe, lent et mou,/ sans parler sans un mot. mon corps/ mon corps raté/ ne tiendra pas le siècle ». Oui bonjour. Enchanté ! Malzac n’avait que 24 ans, il se manifestait déjà avec force. Trois années plus tard, cet enfant sauvage de la littérature, marqué par sa pratique du skate et des jeux vidéo, signait un premier roman frénétique, Créatine (Gallimard, 2024) – l’histoire d’un jeune homme qui, rêvant de devenir Schwarzenegger, abuse de la gonflette jusqu’à exploser.
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