mardi, janvier 13

Deux films de procès, basés sur des faits réels, comparaissent dans les salles françaises en ce mois de janvier : Furcy, né libre, deuxième long-métrage du rappeur Abd Al Malik (le 14) et Nuremberg, de l’Américain James Vanderbilt (le 28). Le premier évoque, au début du XIXe siècle, l’histoire édifiante et méconnue d’un esclave de l’île Bourbon (La Réunion), Joseph Madeleine Furcy, fils d’une esclave affranchie, qui découvre à la mort de sa mère qu’il est censément né libre, ce que ses maîtres prirent soin de lui cacher. Il leur intente un procès qui dure vingt-huit ans et qu’il gagne en cassation en 1843, à l’âge de 56 ans.

Nuremberg se tient durant le procès du même nom, qui jugea au sortir de la seconde guerre mondiale les principaux criminels nazis. Le film s’intéresse plus particulièrement à l’histoire de Douglas Kelley, jeune psychiatre chargé d’évaluer la santé mentale des accusés. Convaincu de pouvoir déceler une typologie psychiatrique de la personnalité nazie, il noue un lien privilégié avec Hermann Göring, créateur de la Gestapo, ministre de l’aviation du Reich, morphinomane invétéré et grand manipulateur pervers. Il conclura pourtant à la banalité de ces personnalités, et en ressortira profondément affecté.

Ce qui relie ces deux films est flagrant. Relatant un fait du passé, chacun d’entre eux n’en instruit pas moins le procès de son temps. Furcy alerte sur l’amnésie entourant le rôle de la France dans la traite, et sort à dessein alors qu’une proposition de loi a été déposée en septembre 2025 au Parlement pour abroger symboliquement le Code noir, qui réglemente en France la question de l’esclavage depuis 1685, pourtant frappé de caducité depuis son abolition en 1848. Nuremberg accompagne un homme qui, au contact des assassins ordinaires de l’appareil nazi, aura constaté à son retour – bien avant le Philip Roth du roman Complot contre l’Amérique (2004) – qu’« il n’y a pas grand-chose qui pourrait s’opposer à l’établissement d’un régime nazi » aux Etats-Unis.

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