- La maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis) ferme définitivement ses portes ce vendredi 31 octobre.
- Ouvert en 1964, ce lieu, symbole des luttes féministes, était en sursis depuis de nombreuses années à cause de raisons financières.
- Avant même l’entrée en vigueur de la loi Veil, des avortements clandestins avaient été pratiqués entre ses murs.
Ils défendaient une autre vision de l’accouchement. Les membres du personnel de la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), située à un kilomètre à l’est de Paris, s’apprêtent à quitter définitivement leur clinique ce vendredi 31 octobre. Le lieu, menacé de disparition depuis une dizaine d’années, va fermer ses portes une fois pour toutes en raison de problèmes financiers. La fin d’une ère pour des centaines de familles accueillies entre ses murs, mais aussi pour les sages-femmes et médecins qui y prodiguaient tous les jours des soins.
« Qu’une femme soit plus forte en sortant qu’en y entrant »
À la maternité des Lilas, l’accompagnement des futures mères se voulait résolument différent des autres centres de santé. « Le but de la maternité des Lilas était qu’une femme soit plus forte en sortant qu’en y entrant
« , a résumé une sage-femme retraitée de l’établissement, Chantal Birman, 75 ans, jeudi, lors de l’ouverture d’un meeting dans un gymnase de la ville. Une vision héritée de la longue histoire de la maternité, ouverte en 1964 par une comtesse fortunée et devenue un des hauts lieux du féminisme de l’est parisien dans les décennies suivantes.
Le personnel de l’hôpital revendiquait depuis toujours des méthodes d’accouchement moins traditionnelles, venues de l’ex-URSS et dites « sans douleur ». Tutoiement des parents par les équipes médicales, injections d’ocytocine évitées, choix laissé aux mères de la manière de mettre au monde leur enfant… Tant de principes adoptés à la maternité des Lilas au cours de son demi-siècle d’existence, et déjà regrettés par celles et ceux qui les ont connus. « C’est imposer une forme de torture aux femmes de les priver de toutes ces compétences qui rendent les accouchements plus doux et plus libres
« , a déploré Marion Bernard, une des patientes accueillies aux Lilas, auprès de l’AFP.
Symbole de la lutte pour légaliser l’IVG
Au-delà de pratiques atypiques, la maternité des Lilas est également célèbre pour avoir mené des avortements clandestins entre ses murs, avant l’entrée en vigueur de la loi Veil légalisant l’IVG, en 1975. Le lieu a d’ailleurs été pris pour cible à de nombreuses reprises par des militants qui y étaient opposés. Plusieurs soignantes ont d’ailleurs milité au sein du Mouvement pour la liberté et la contraception (MLAC), une organisation qui a défendu l’inscription dans la loi de l’avortement dans les années 70. La présidente du MLAC, Jeanne Weiss, officiait ainsi en tant qu’anesthésiste-réanimatrice au sein de la maternité.
La maternité a plusieurs fois été sur le point de devoir cesser ses activités ces dernières années. Mais cette fois, sa fermeture est bel et bien entérinée. La petite structure, établissement privé à but non lucratif, a « perdu sa certification par la Haute autorité de santé
« , tandis que son gestionnaire ne parvient plus « à assurer la soutenabilité financière de l’activité
« , a précisé l’Agence régionale de santé (ARS) à l’AFP. Jeudi, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a indiqué sur franceinfo que le lieu deviendrait un centre pour la santé des femmes, avec une prise en charge « avant et après l’accouchement
« , mais pas au moment de celui-ci.











