jeudi, février 5
« Chiens », mis en scène par Lorraine de Sagazan, aux Bouffes du Nord, à Paris, en janvier 2026.

Chiens, mis en scène par Lorraine de Sagazan au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris (10ᵉ), est une liturgie contemporaine qui suscite des réactions contradictoires allant de la sidération à l’aversion. Embarrassant, un peu poisseux, voire nauséeux : on quitte ce spectacle avec l’envie de marcher très longtemps dans la ville pour évacuer le malaise dans lequel il plonge. Ce qui prouve à quel point l’artiste a su secouer en profondeur un public pourtant averti de ce qui l’attend par un cartel projeté d’entrée de jeu sur les murs : « Ce spectacle contient des descriptions de violences sexuelles, exploitations et humiliations racistes et sexistes. Nous vous invitons à prendre soin de vous et à vous sentir libre de quitter la salle à tout moment. »

L’argument de Chiens ? C’est l’abjection à l’état pur. La metteuse en scène a compulsé les détails de l’affaire French Bukkake, du nom d’une société de vidéos porno, dont la spécialité était la diffusion de « bukkake », une pratique sexuelle consistant à éjaculer à plusieurs sur le visage d’une femme.

L’histoire est vraie : sous prétexte de réaliser des vidéos pornographiques, un homme, Pascal Ollitrault, a organisé et filmé le viol par des centaines d’hommes de plusieurs dizaines de femmes. Un système de prédation dont le déroulé méthodique est décrit par Vladislav Galard, un acteur d’une plasticité remarquable. Visage masqué par un bas et voix trafiquée, le comédien fait tout à la fois la victime et ses bourreaux : Daphnée, jeune fille crédule, fragile et dans le besoin, tombe dans le piège tendu, sur les réseaux, par un rabatteur qui lui inflige un premier viol (dit « d’abattage »), avant de l’expédier, brisée et sans défense, dans l’enfer du tournage de la vidéo porno.

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