
Mathias Millet est professeur de sociologie à l’université de Poitiers. Ses recherches portent sur les modes de socialisation et d’apprentissage, la scolarisation dans les milieux populaires et les ruptures scolaires. Dans cet entretien, il revient sur l’ascension du diplôme comme critère dominant de légitimité dans nos sociétés contemporaines.
Comment le diplôme est-il devenu une norme sociale ?
Après avoir travaillé pour lever les obstacles à la poursuite de la scolarité – d’abord l’entrée en 6ᵉ, puis l’accès au lycée – et sur l’unification des contenus en réunissant tous les élèves autour d’un tronc commun au XIXe siècle, les politiques publiques ont progressivement imposé des objectifs d’obtention du diplôme, pour conduire, par exemple, 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat et 50 % au niveau de la licence.
Autrefois, obtenir un diplôme était une aspiration personnelle ; désormais, c’est une injonction sociale. Voire une exigence spécifique d’accéder à l’enseignement supérieur. Les jeunes bacheliers aujourd’hui ambitionnent de poursuivre leurs études, voire ils retardent leur entrée dans le marché de l’emploi. Ce phénomène, qui concernait initialement les bacheliers généralistes, touche désormais les bacheliers professionnels, alors même que leur diplôme est censé leur permettre d’intégrer directement le marché de l’emploi. Dans les années 2000, seuls 17 % des diplômés du bac professionnel poursuivaient dans l’enseignement supérieur, contre 43 % aujourd’hui.
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