jeudi, février 19

Un procès en appel n’est jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre que celui qui s’est tenu en première instance. Quatorze mois après avoir été condamné à treize ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroriste » en raison de son rôle dans la campagne de haine qui a conduit à l’assassinat de Samuel Paty, Brahim Chnina a de nouveau été interrogé sur les faits, mercredi 18 février, par la cour d’assises d’appel spéciale de Paris.

Dès ses premiers mots, on a relevé une nuance de taille dans son positionnement : Brahim Chnina assume, enfin, une part de responsabilité dans l’engrenage qui s’est conclu par l’assassinat du professeur d’histoire-géographie, le 16 octobre 2020. En première instance, il avait passé le plus clair de son temps à se victimiser et à se défausser sur sa fille, dont le mensonge au sujet d’un cours auquel elle n’avait pas assisté avait déclenché la cabale paternelle.

Après cinq années et demie de prison, Brahim Chnina, 54 ans, en paraît 20 de plus. A-t-il mis à profit cette détention pour mûrir un peu et endosser sa part de fardeau dans cette tragédie ? « Je commence par m’excuser auprès de Monsieur Paty, de toute sa famille, de tous les professeurs de France », a-t-il commencé, avant d’évoquer l’immense culpabilité qui, à l’écouter, ne le quitte jamais.

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« Ma fille me dit que tout est à cause d’elle, et moi je lui dis que tout est à cause de moi car je suis plus âgé et responsable », a-t-il poursuivi avant d’aller sans doute un peu plus loin que ne l’auraient espéré ses avocats : « Tous ceux qui sont dans le box sont là à cause de moi, à cause d’une vidéo non réfléchie. Je m’en veux tellement, j’ai honte pour le reste de ma vie. »

« Tout s’est mélangé »

Mais au fil de son interrogatoire, on a peu à peu retrouvé le Brahim Chnina du premier procès : usé, confus, jamais tout à fait clair quant aux raisons profondes de sa colère contre le professeur. A l’en croire, c’est l’exclusion de sa fille pour deux jours qui était la principale source de son indignation. La discrimination – dont se serait rendu coupable Samuel Paty en proposant à ses élèves musulmans de quitter la salle avant la diffusion d’une caricature de Mahomet – et le sujet du blasphème ne seraient arrivés que bien plus tard.

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