vendredi, mars 20

Cela faisait quatre jours qu’elle attendait son tour, quittant très rarement la salle, endurant tout, des questions les plus intimes aux mots parfois crus posés sur sa fille. Marina Setan, la mère de Justine Vayrac, tuée en octobre 2022, s’est enfin avancée à la barre ce jeudi 19 mars, au procès de Lucas Larivée pour le « meurtre » et le « viol » de la jeune femme de 20 ans.

« Ma fille a été enterrée là où on n’enterrerait pas une bête. Dans une décharge. Les faits sont là, c’est là qu’on l’a trouvée », a prononcé devant la cour cette femme qui a soufflé l’assistance par sa dignité.

« Instinctivement, je sais »

C’est par un coup de fil du petit ami de Justine que le cauchemar commence pour Marina Setan, le dimanche 23 octobre 2022. Elle apprend que sa fille n’est pas rentrée chez elle après une sortie en boîte de nuit, la veille, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Aussitôt, l’aide-soignante contacte le commissariat et supplie les policiers de prendre au sérieux la disparition de sa fille: sa « grande » ne serait jamais partie en laissant derrière elle son enfant de 2 ans, et sans donner de nouvelles à sa famille.

Elle appelle les amis de Justine et met la main sur le numéro de Lucas Larivée, dernière personne à l’avoir vue. « Au téléphone, je le trouve très poli. Très ‘bien sûr, madame' », se souvient-elle, à la barre. « Il dit qu’il l’a déposée auprès d’un jeune homme aux bétons Lachaud. Alors j’y vais et je me dis ‘c’est pas possible, on ne peut pas déposer quelqu’un ici en pleine nuit’. »

Quelques heures plus tard, elle croisera le même Lucas au commissariat. De cette brève rencontre naît une certitude: l’agriculteur de 21 ans est impliqué dans la disparition de sa fille.

« Je croise son regard et instinctivement, je sais. Je sais et je lui dis: ‘Dis la vérité. Si tu as fait du mal à ma fille, où que tu sois, je te retrouverai' », poursuit-elle.

La suite des investigations lui donneront raison: quatre jours plus tard, en garde à vue, Lucas Larivée passera aux aveux, déclarant avoir eu une relation sexuelle avec Justine Vayrac et lui avoir donné la mort, accidentellement selon ses dires. Il l’a ensuite enterrée sur un chemin de terre, à un endroit où son père et lui ont pour habitude de jeter les déchets de leur exploitation agricole.

« Il a brisé nos vies »

Pour Marina Setan, choisir que dire lors de cette déposition est une tâche ardue. « Je suis désolée, j’ai envie de dire tellement de choses que… ». Sa voix se coupe. Elle parviendra pourtant à livrer un portrait lumineux de Justine, jeune femme « gentille », « bienveillante » et « très sensible », qui « aurait traversé le monde » pour ceux qu’elle aimait.

Bientôt, elle s’adresse aux parents de Lucas Larivée. « Moi, je veux leur dire que peut-être qu’ils ont eu des failles éducatives, peut-être, mais qu’on en a tous. S’ils pouvaient demander à leur fils de dire la vérité, la vraie vérité. Parce que tout ce qu’on nous dit depuis trois ou quatre jours, ça ne tient pas trop la route. Il n’a pas fait qu’une bêtise, il a brisé nos vies. »

« Elle nous manque. Profondément, chaque jour. Il n’y a pas de mots pour ce que je ressens de l’avoir perdue », poursuit-elle. Beaucoup pleurent dans la salle.

Lucas Larivée fend l’armure

L’émotion monte encore d’un cran et gagne de plus en plus le public alors que des photos de Justine sont diffusées sur les écrans. « Elle avait de beaux yeux verts. Elle était incroyablement belle, elle était parfaite », commente Marina Setan, très émue.

Peu après, une scène surréaliste survient au tribunal: alors qu’une personne dans le public fait une crise d’épilepsie, la mère de Justine interrompt son témoignage et se précipite à son secours. Rejointe par l’une des jurés, l’aide-soignante, apprentie infirmière, prend les opérations en main d’un sang-froid époustouflant. L’audience est suspendue une trentaine de minutes, le temps que les pompiers arrivent.

Lorsque les débats reprennent, fait rare, l’avocat de la défense décide de ne pas poser de questions à Marina Setan. « Le malheur que vous vivez, madame, je le ressens au plus profond de moi. (…) Ce que cette famille n’a pas su vous dire, moi j’essaie, avec mes mots, de le dire. Ils s’associent à votre douleur. Et même si, en ce moment, nous sommes dans un procès où chacun doit être à sa place, je fais le choix de ne pas vous poser de questions. »

Au terme de cette journée particulièrement éprouvante, plusieurs membres de la famille de Lucas Larivée s’effondrent dans la salle. Dans un nouvel élan de générosité, la mère de Justine traverse la travée qui les sépare depuis le début du procès et prend le temps de les réconforter.

Peut-être pour la première fois depuis l’ouverture du procès, Lucas Larivée, lui, a fendu l’armure. Dans le box des accusés, quelques-uns l’auront vu, assez discrètement, éponger ses larmes à l’aide de sa manche.

Article original publié sur BFMTV.com

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