Au procès à Aix-en-Provence d’un double assassinat, la cour a dessiné les parcours de deux des trois chefs présumés de la DZ Mafia, Gabriel Ory et Amine Oualane, tombés très jeunes dans la délinquance par « goût de l’argent » rapide.
A la reprise de l’audience, certains ont voulu s’excuser pour les incidents de la veille, où des journalistes avaient notamment été pris à partie.
« J’ai eu une mauvaise réaction », a reconnu Zaineddine Ahamada, accusé d’être le tireur dans ce double assassinat commis en 2019, des faits antérieurs à l’émergence de la DZ Mafia.
Plates excuses aussi de la part de Gabriel Ory : « nos conditions (de détention) sont indignes, hier je n’ai pas été patient ». Il est à l’isolement.
Ensuite la cour a commencé à se pencher sur leurs profils, qui justifient des mesures de sécurité exceptionnelles autour du palais de justice.
Gabriel Ory, qui a aujourd’hui 30 ans et est au coeur des affaires les plus graves reprochées à la DZ Mafia, est né à Niort (Deux-Sèvres). Il n’avait pas trois jours lorsque sa mère l’a soustrait à des violences redoutées de son père. Elle s’installe à la Visitation, cité paupérisée des quartiers Nord de Marseille.
A la barre des témoins, un éducateur spécialisé raconte les efforts déployés par sa mère pour faire échapper son fils aux tentations du quartier: séjour en Haute-Garonne pour l’éloigner, suivi dans un centre médico-psychologique, hospitalisation dans un service du pédopsychiatre pour « des idées noires, une crise de colère contre lui-même, un couteau dont il s’est emparé… ».
« A 16 ans, il a des envies, des besoins, il a le goût de l’argent et sa famille est modeste », détaille l’enquêteur. Ce sera la vente de drogue. Lorsque le réseau lui reproche une dette, Gabriel Ory, encore mineur, se lance dans une série de braquages. En 2012, lors de l’attaque d’une bijouterie, il se fait tirer dessus.
Son parcours carcéral débute à 17 ans. Il est émaillé de violences sur d’autres détenus, d’outrages de surveillants. « Il cumule des condamnations qui rajoutent des peines à la peine », analyse l’enquêteur de personnalité qui souligne « sa difficulté à accepter l’autorité ».
L’accusé ne perd pas une miette de l’exposé du témoin comme cette anecdote lorsque son père lui avait offert une médaille en forme de feuille de cannabis.
A l’experte-psychiatre, Gabriel Ory avait expliqué être innocent, « dénoncé par un tiers de manière fallacieuse ». Celle-ci relève chez lui une grande impulsivité, une enfance marquée par « une mère dépassée » et une tendance à mettre en cause l’autre.
Mais pas de pathologie mentale, à peine « une coloration psychopathologique ».
– « faire le procès sans nous ? » –
La parole n’est pas donnée à l’accusé et la cour enchaîne sur le parcours d’Amine Oualane, autre nom souvent cité pour la DZ Mafia et qui sera jugé à l’automne pour un triple assassinat dont celui du grand frère du militant antinarcotrafic Amine Kessaci.
Les violences ont baigné son enfance: celles de son père sur son épouse, celles de sa mère dépressive sur ses enfants, a expliqué une enquêtrice de personnalité ce qui aurait conduit l’accusé à « banaliser la violence dans son fonctionnement et à la reproduire ».
Maltraitance, enfermement, manque de nourriture au point de voler, signalements d’enseignants au sujet de traces de coups qui avaient entraîné l’intervention d’un juge des enfants. Les trois garçons sont ensuite récupérés par leur père.
Vers 15 ans, il est déscolarisé, bascule dans la délinquance, mu par « une attirance pour l’argent rapide, pour une véritable envie d’indépendance financière », selon l’enquêtrice de personnalité.
Au portrait que celle-ci fait d’un jeune homme « plutôt coopératif et agréable », une experte psychologue oppose la description d’une « personne qui [lui] semble dangereuse au regard de carences affectives, émotionnelles et d’un défaut d’empathie et de remords ». Avant de conclure à des « traits de personnalité antisociale ».
Une description qui a provoqué un vif échange avec Me Inès Médioune, avocate d’Amine Oualane, mettant un terme au calme qui était revenu dans le box.
Amine Oualane veut s’exprimer et le dit avec véhémence: « vous allez faire le procès sans nous ? ». Le ton monte et la présidente ordonne l’expulsion jusqu’à la fin de l’audience des deux principaux leaders présumés de la DZ Mafia.
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