mardi, mars 17

Il a répondu pendant de longues heures aux questions de la cour et des avocats. Sans flancher, sans céder aux assauts de la présidente et de la procureure générale qui ont tenté d’en tirer des déclarations plus précises, Lucas Larivée a maintenu sa version ce mardi 17 mars, lors son procès pour le « meurtre » et le « viol » de Justine Vayrac, à la cour d’assises de Tulle (Corrèze).

Au premier jour de l’audience, lundi, l’agriculteur aujourd’hui âgé de 24 ans admettait avoir donné la mort sans en avoir l’intention à Justine Vayrac, 20 ans, dans la nuit du 22 au 23 octobre 2022. Cependant, il ne reconnaissait pas l’avoir violée, évoquant une relation sexuelle consentie avec la victime.

Or, ce récit ne colle pas tout à fait avec conclusions établies pendant l’instruction. Et a été mis à mal lors cette journée consacrée à retracer le plus précisément possible la nuit des faits.

Lucas Larivée affirme que le rapport était « consenti »

Invité à s’exprimer, Lucas Larivée se lève dans son box et déroule le récit de la nuit où Justine est décédée. Il raconte l’avoir croisée dans une boîte de nuit de Brive-la-Gaillarde, qu’elle l’a embrassé, puis qu’ils sont allés prendre l’air. Un peu plus tard, il lui propose de manger quelque chose, ce qu’elle accepte, montant dans sa voiture, détaille-t-il ce mardi.

Finalement, les deux changent d’avis et Lucas ramène la jeune femme chez lui. Là, dit-il, il lui rapporte un verre d’eau, fume une cigarette avec elle, puis ils ont une relation sexuelle. « Nous avons fait l’amour. Après, le pourquoi du comment, je ne sais pas, elle était décédée », articule-t-il.

« Tout ce que je peux dire, c’est que c’était consenti », se borne-t-il à dire à la présidente.

L’avocate générale le cuisine sur l’alcoolisation de Justine, au moment des faits. Il apparaît en effet, au travers de divers témoignages mais aussi des images de vidéosurveillance sur lesquelles on la voit tituber en boîte de nuit, qu’elle était ivre la nuit des faits. Etait-elle alors en pleine possession de ses moyens?

« Quand quelqu’un titube, est-ce qu’il est au meilleur de sa forme? », questionne la procureure générale, Emilie Abrantes. « Non, madame », répond Lucas Larivée, qui maintient cependant qu’il ne pouvait pas être certain de son état à ce moment-là: « Ca ressemble à quelqu’un qui a bu, mais je ne peux pas en être sûr. »

Une ficelle bleue qui fait débat

La cour cherche aussi à faire préciser à l’accusé les circonstances de la mort de Justine Vayrac. Sur ce point, tout juste Lucas Larivée admet-il avoir sûrement « serré trop fort » le cou de la jeune femme lors de la relation sexuelle. « L’intention, ce n’était pas de lui faire du mal », affirme l’accusé, qui reconnaît également lui avoir donné un coup de poing, à peu près au même moment, entraînant la mort de la jeune femme.

Le scénario qu’il avance est cependant malmené par les conclusions des deux médecins légistes qui déposent un peu plus tard dans la journée. Ils rappellent que le décès semble lié à une strangulation par un lien: en effet, une ficelle bleue a été découverte nouée autour du cou de la victime. Cette ficelle, Lucas Larivée ne s’explique pas comment elle est arrivée là: « La seule chose que je peux dire c’est que ce n’est pas moi qui l’ai mise autour de son cou. (…) Je n’ai pas utilisé de lien. »

« Elle s’est peut-être enroulée quand je l’ai poussée dans le trou », imagine-t-il à la demande de la présidente. « Ce n’est pas un enroulement de ficelle. C’est une ficelle avec un nœud », rétorque cette dernière.

Interrogée, la médecin légiste qui a réalisé l’autopsie du corps juge elle aussi peu probable qu’une ficelle se soit nouée toute seule autour du cou de la jeune femme. « Je ne vois pas comment le hasard aurait pu nouer ce lien de cette façon… », indique-t-elle.

Les conclusions accablantes des légistes

Quant à l’hypothèse d’un décès par une strangulation manuelle, que soutient l’accusé, qui évoque un jeu sexuel qui a mal tourné, elle est aussi contredite en partie par les légistes. « Le fait qu’il y ait une strangulation manuelle reste possible », avancent-ils. Ils détaillent cependant qu’il faudrait une pression continue et longue pour en arriver au décès de la personne.

« Pour une pression continue, on parle d’une perte de connaissance dans maximum 30 secondes, puis le décès survient en quelques minutes. On parle de trois minutes, généralement », précise la légiste. Pour l’exemple, l’avocate générale lance un chronomètre et le laisse tourner une minute, dans le silence, puis appelle la cour à imaginer qu’une mort par strangulation prend trois fois plus de temps.

« On a quand même le temps de se dire que la pression est trop intense à ce moment-là », comment la légiste, à la barre.

Qu’en est-il de la plaie béante, constatée sur le visage de Justine, et dont Lucas Larivée indique qu’elle a pu être causée par le godet du chariot qu’il a utilisé pour enterrer le corps? « On ne peut pas éliminer qu’elles ne soient pas post-mortem, sous l’action du godet », expose la médecin légiste. « Pour moi, ce n’est pas l’hypothèse la plus probable. » Elle explique ainsi que du sang aurait dû être retrouvé sur le godet, si ça avait été le cas.

« Sidération » contre « sang-froid »

L’autre question qui se pose depuis le début du procès, c’est celle de la maîtrise qu’il a fallu à l’accusé pour dissimuler son crime dans les heures qui ont suivi. Alors qu’il dit avoir agi « machinalement », dans un état de « sidération », la procureure générale rappelle qu’il a pourtant eu le « sang-froid » d’envoyer un message à Justine Vayrac après l’avoir enterrée, écrivant que « tout le monde la cherchait ». C’était « pour me disculper, madame. C’est immonde », se justifie Lucas Larivée.

Emilie Abrantes pointe qu’il a ensuite regardé une série sur le tueur en série Jeffrey Dahmer, sur Netflix. « Vous ne téléchargez pas une série pour enfants, vous téléchargez une série sur Dahmer, qui est un tueur en série. Comment pouvez-vous, à ce moment-là, avoir envie de regarder une série sur un tueur en série? »

« Elle était déjà téléchargée, madame… », lui oppose l’intéressé. L’audience se poursuit, le verdict étant prévu vendredi.

Article original publié sur BFMTV.com

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