jeudi, mars 5

Presque trente ans après l’arrêt de l’extraction du charbon à Carmaux, l’ancien bassin minier peine à tourner la page. La figure mythique du mineur s’inscrit encore dans le paysage, comme cette statue qui trône devant la salle Pierre Bérégovoy où le candidat aux élections municipales du Rassemblement national a tenu meeting ce samedi 28 février.

« C’est la première fois que l’on tient une réunion publique », se félicite Gweenael Andrieu. « Nous essayons d’être présents partout et je reçois des échos positifs, on me dit que l’on mène une campagne de meilleure qualité que par le passé », ajoute-t-il auprès de BFM.

Le parti à la flamme n’en est pas à son coup d’essai à Carmaux. En 2014, la liste s’était qualifiée au second tour dans une quadrangulaire et avait obtenu la troisième place avec 19,52% des voix. Six ans plus tard, la liste avait péniblement réalisé 11% et avait été éjectée après le premier tour.

« Nous ne sommes pas repartis de zéro mais il a fallu recommencer quelque chose. Quand on est absent du Conseil municipal pendant six ans, nos idées ne sont plus présentes. Puis les scores des élections nationales nous sont favorables et face à moi, j’ai trois listes de gauche », résume-t-il.

La fin d’un bastion socialiste?

Le candidat du RN est attaqué par ses concurrents parce qu’il est peu présent sur la commune. « J’ai trouvé du travail à Rodez comme d’autres travaillent à Albi parce que l’on ne peut pas travailler à Carmaux mais je vis ici », assure-t-il pour faire taire les détracteurs. En 2022, l’Insee comptait 12,9% de chômeurs dans cette ville avoisinant les 10.000 habitants, soit cinq points au-dessus de la moyenne départementale.

Le bassin de Carmaux tire encore une immense fierté des années d’essor industriel pendant les Trente Glorieuses et des grandes grèves de la fin du 19e siècle soutenues par Jean Jaurès, député socialiste de la circonscription pendant vingt ans. François Mitterrand et François Hollande en ont fait des étapes symboliques de leurs campagnes électorales victorieuses. Mais le bastion socialiste a fini par tomber lors des élections municipales de 2020, au profit d’une liste de centre-gauche sans logo menée par Jean-Louis Bousquet.

Le maire sortant est candidat à un second mandat avec « une liste plurielle, et des gens qui viennent d’un peu toutes les origines, de toutes les sensibilités politiques, c’est donc compliqué de se positionner plutôt à gauche ou à droite », reconnaît-il auprès de BFM. Néanmoins, la préfecture a classé sa liste divers gauche.

Pour l’édile, contraint à une élection municipale partielle en 2021 après la démission d’une partie importante de ses colistiers, ce mandat a constitué « une vraie rupture » avec l’ère de l’hégémonique PS.

« Sans vouloir leur jeter la pierre, mes prédécesseurs avaient beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir parce qu’ils étaient dans de vieux schémas et que quelque part, notre ville était en dépression », poursuit-il avant d’égrainer les grands chantiers qu’il a mené pour renforcer son attractivité. Il cite la rénovation de l’une des grandes places carmausines ou l’aménagement des jardins du Cérou, d’anciens potagers de mineurs transformés en espaces verts.

Fusion inenvisageable et mystère sur un barrage

Deux autres listes sont sur les rangs. François Bouyssié est à la tête d’une union de la gauche soutenue par son parti, le PS, ainsi que Les Écologistes. Il tape sur le maire-sortant, « qui a beau faire des discours en invoquant la mémoire de Jaurès mais qui s’avère finalement être un homme de droite avec une politique très destructrice au plan social, très libéral. » Lui défend une candidature de terrain et une nouvelle méthode basée sur la participation citoyenne, la concertation et le dialogue.

Rachid Touzani, militant du PCF, porte la quatrième liste de ces élections. Il compte parmi ses colistiers l’ancien maire socialiste Alain Espié de 2008 à 2020. « Jean-Louis Bousquet décide tout sans consulter personne, et la population souffle », s’exaspère l’ancien maire qui entend se distinguer de l’offre Bouyssié en revendiquant l’indépendance de leur liste vis-à-vis des organisations politiques.

« On part sans partis derrière nous mais nous n’avons pas perdu nos convictions, c’est l’humanisme. »

Interrogé sur l’éclatement des listes de gauche et l’effet d’aubaine pour le RN, Rachid Touzani estime « qu’il n’y a pas de risque », fermant la porte à tout scénario d’alliance avant l’élection. Même intransigeance pour François Bouyssié.

« On ne peut pas prendre le risque de casser notre dynamique avec de la politicaille à laquelle on nous a trop souvent habitués. » De son côté Jean-Louis Bousquet n’envisage pas, pour l’heure, l’hypothèse d’un barrage. « A priori, je ne vois pas quel serait mon intérêt à fusionner. Et je ne vois pas les deux autres listes de gauche, qui ont passé ces dernières années à s’attaquer, fusionner. »

Le cas de Graulhet ancienne place forte du cuir

Dans le Tarn, le Rassemblement national a décroché pour la première fois un siège de député en 2022 avant de le perdre deux ans plus tard, après la dissolution, à la faveur d’un barrage républicain. Le parti a investi des listes dans seulement quatre communes. Outre Carmaux, il y aura des candidats à Albi, la préfecture, et Castres, la sous-préfecture, mais c’est dans une autre cité industrielle déshéritée que le parti d’extrême droite mise gros: Graulhet.

Dans cette ville d’environ 13.000 habitants, c’est la mégisserie et la tannerie (fabrication du cuir) qui ont longtemps fait son renom jusque dans les années 70. Une grosse centaine d’usines jalonnait le cours du Dadou. Leur silhouette décharnée hante désormais le paysage.

Le PS a régulièrement été aux commandes de la mairie. Après une dizaine d’années d’alternance à droite, les socialistes ont été au pouvoir sans discontinuer depuis 2008. Le maire sortant, Blaise Aznar, est candidat à un second mandat. Encarté au PS, il compte faire campagne sur son bilan.

« Au dernier Conseil municipal, j’étais mort de rire. Mes opposants avaient passé les quatre années précédentes à dire que la ville était ruinée. J’ai présenté un rapport d’orientation budgétaire avec une baisse de l’endettement, des annuités de remboursement, nous n’avons pas augmenté les impôts de la mandature. On continue de gagner des habitants », égrène-t-il.

Le lieu d’implantation du patron départemental du RN

Il se prépare à affronter le candidat RN Julien Bacou, pour la revanche de 2020. Il y a six ans, il était arrivé troisième d’une triangulaire avec 25,60% des voix derrière Blaise Aznar (44,01%) et un candidat divers droite (30,37%). « À cette époque, je m’étais installé dans la commune six mois auparavant, je n’étais pas du cru. J’ai mis ces six années à profit pour m’investir complètement dans la commune, les gens me connaissent, les associations aussi. Maintenant, cet argument ne tient plus », défend-il.

Patron de la fédération RN du Tarn depuis 2017, Julien Bacou juge le maire affaibli. « Contrairement à la fois dernière où il avait réussi à réunir la gauche, il n’y est pas parvenu cette fois-ci. J’ai bien cru que le budget ne serait pas voté l’année dernière. Il ne repart d’ailleurs qu’avec un tiers de sa liste. »

À Blaise Aznar qui lui reproche d’exploiter chaque faits divers se déroulant à Graulhet, Julien Bacou assume avoir fait de la sécurité un enjeu fondamental de sa campagne. Il pense disposer cette fois-ci d’un boulevard.

« J’ai été battu aux dernières élections législatives d’un très faible écart de voix mais je me suis consolé en voyant que j’étais très majoritaire à Graulhet (52,7%), ce sont des perspectives rassurantes d’autant que face à moi, j’ai trois listes de gauche », assure-t-il à BFM.

« Je serai intransigeant et catégorique: barrage au RN »

Le maire sortant trouve également sur sa route deux autres têtes de liste qui ne l’épargnent pas. D’abord, il y a celle de son ancien directeur de cabinet, Benjamin Verdeil. Cet ancien assistant parlementaire du député PS Jean Glavany, originaire de Tarbes, a ensuite fait les deux campagnes présidentielles 2017 et 2022 pour Emmanuel Macron.

Dirigeant de la CPME du Tarn, il présente une liste sans étiquette. « Je n’ai pas demandé à mes colistiers ce qu’ils votaient, seulement de se rassembler autour des valeurs républicaines, laïques dans une ville où malheureusement, on a laissé faire quelques déviances communautaires et du clientélisme. »

L’ancien collaborateur de Blaise Aznar dit « refuser que l’on serve Graulhet sur un plateau au RN » et accuse son ancien employeur d’avoir précipité « la spirale de l’abandon de certaines classes sociales », au point qu' »il n’y ait plus qu’un petit quart de ménages imposables. » Il ne se projette pas sur une logique de fusion au second tour. « On propose une alternative aux Graulhetois, maintenant, si nous n’avons pas su convaincre, nous n’irons pas perdre notre honneur à faire des alliances contre-nature. »

Le maire sortant, lui, assure qu’il ne fera pas défaut si le risque d’une victoire du RN se présentait. « Je serai intransigeant et catégorique: barrage au RN. Nous sommes en terre de rugby, on fait pack et on joue au sifflet », nous glisse-t-il.

Enfin, la dernière liste en présence est celle de Jean-Marie Vigny. Elle se présente comme « la seule liste citoyenne et solidaire véritablement ancrée à gauche », explique son directeur de campagne et colistier Kamel Bataoui, qui énumère la présence « d’anciens militants socialistes, communistes et de cinq personnes se revendiquant de LFI. »

Cet homme avait été élu en 2020 sur la liste de Blaise Aznar mais avait finalement rompu. « Graulhet est une terre de gauche et ce maire a saccagé les services publics, tué la démocratie directe, il ne reconnaît pas son bilan. Nous voulons offrir une alternance de gauche, pour ne pas que les déçus se portent sur d’autres listes ». Il dit refuser « le scénario selon lequel tout est joué d’avance et que le RN va prendre la mairie. » Pour le candidat, la majorité sortante a fauté lorsqu’elle a fermé le centre social ou la piscine municipale.

Article original publié sur BFMTV.com

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