Des hommes armés ont tué, mardi 3 février, au moins 162 personnes dans le village de Woro, dans l’Etat de Kwara, dans le Centre-Ouest du Nigeria, selon la Croix-Rouge, lors d’une attaque confirmée par la police et le gouverneur de l’Etat. Il s’agit de l’un des pires massacres dans le pays depuis plusieurs mois. Il survient au moment où le pays accroît ses efforts pour lutter contre une insécurité endémique liée à des gangs criminels et aux djihadistes, avec le soutien des Etats-Unis.
L’Etat de Kwara est en proie à une insécurité multifactorielle, entre des bandes armées, localement appelées « bandits », qui pillent les villages, kidnappent et terrorisent les habitants, et une menace djihadiste de plus en plus forte, avec des groupes actifs dans le nord-ouest du pays qui étendent leur champ d’action vers le sud.
Face à cette insécurité, les autorités locales ont mis en place des couvre-feux dans certaines zones de l’Etat et avaient fermé les écoles pendant plusieurs semaines, avant d’ordonner leur réouverture lundi.
Mercredi matin, Saidu Baba Ahmed, membre de l’assemblée locale de l’Etat de Kwara, avait expliqué à l’Agence France-Presse qu’au moins 35 cadavres avaient été découverts mais qu’il était probable que « d’autres corps soient retrouvés dans la brousse ». M. Ahmed avait ajouté que les bandits avaient incendié des commerces et le palais royal du village. « A l’heure actuelle, nous ne savons pas où se trouve le roi », avait-il déploré. La police a confirmé l’attaque mais n’a pas donné de bilan pour le moment.
150 « terroristes neutralisés », selon l’armée nigériane
Le gouverneur du Kwara, AbdulRahman AbdulRazaq, a qualifié cette attaque d’« expression lâche de la frustration des cellules terroristes à la suite des campagnes antiterroristes en cours dans certaines parties de l’Etat et aux succès enregistrés jusqu’à présent ».
Il y a quelques jours, l’armée nigériane avait annoncé avoir « neutralisé » − sans préciser si elle les avait capturés ou tués − des « terroristes » (environ 150, selon les médias locaux) dans les forêts de Kwara, précisant qu’il s’agissait de bandits.
Le Nigeria, pays le plus peuplé et premier producteur de pétrole d’Afrique, fait face depuis 2009 à une insurrection djihadiste dans le Nord-Est, tandis que des groupes armés criminels sévissent dans le Nord-Ouest et le Centre-Nord, auxquels se sont ajoutés des mouvements djihadistes locaux comme Lakurawa et Mahmuda.
Des frappes américaines le jour de Noël
Des chercheurs ont récemment établi un lien entre certains membres de Lakurawa – le principal groupe djihadiste basé dans l’Etat de Sokoto (nord) − et l’Etat islamique au Sahel, actif au Niger voisin.
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La hausse des attaques et des enlèvements avait poussé le président nigérian, Bola Tinubu, à déclarer fin novembre l’état d’urgence sécuritaire dans le pays et à augmenter les effectifs des forces armées et de la police afin d’intensifier la lutte contre les criminels, qui trouvent en général refuge dans des zones forestières reculées et difficiles d’accès.
L’insécurité au Nigeria est devenue un sujet d’intérêt pour les Etats-Unis, dont le président, Donald Trump, affirme que les chrétiens du Nigeria sont « persécutés » et victimes d’un « génocide » perpétré par des « terroristes ». Abuja et la majorité des experts nient fermement, les violences touchant en général indifféremment chrétiens et musulmans.
L’armée américaine a mené des frappes dans l’Etat de Sokoto le jour de Noël, visant, selon elle, des membres de l’Etat islamique. Depuis, la coopération militaire entre les deux pays s’est renforcée avec la fourniture d’armement par les États-Unis au Nigeria, le partage de renseignements et le déploiement d’une équipe de militaires américains chargée d’assister l’armée nigériane.



