Au moins 18 migrants d’un groupe se présentant comme des ressortissants congolais sont morts noyés après avoir été déposés sur un banc de sable près des côtes des Comores, a annoncé jeudi le ministre de l’Intérieur de cet État de l’océan Indien.
Depuis plus de cinq ans, des groupes de migrants espérant rejoindre le département français de Mayotte, situé géographiquement dans l’archipel des Comores, sont débarqués près du littoral comorien, mais c’est la première fois que des corps sont repêchés, selon le représentant des Nations unies aux Comores, James Tsok Bot.
Plusieurs des 30 survivants du drame survenu mercredi ont déclaré que les passeurs leur avaient assuré qu’ils étaient arrivés à Mayotte. Trois autres personnes sont portées disparues.
« Ceux qui sont vivants disent qu’ils sont des Congolais », a indiqué le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada Assoumani, lors d’un point presse improvisé à Mitsamiouli, ville à la pointe nord de la Grande Comore, théâtre du drame.
« Dans la nuit (de mercredi à jeudi), nous avons trouvé huit décédés. Les corps ont été repêchés par les habitants de Mitsamiouli, pêcheurs et autorités. Ce matin, on a pu repêcher neuf corps, ce qui fait qu’actuellement, nous avons 17 décédés », a ajouté le ministre. Le directeur de l’hôpital a fait état d’un 18e mort.
Les habitants de cette ville côtière située à 40 kilomètres de la capitale, Moroni, ont été alertés par des hurlements de détresse.
– « Ni pain ni eau » –
« Nous étions en train de regarder le match (de football) Barça-Newcastle quand nous avons entendu des cris en provenance de la plage », raconte un jeune homme de Mitsamiouli ayant participé aux opérations de secours.
« Nous avons trouvé des hommes, des femmes, des enfants. Ils ont dit qu’ils croyaient être arrivés à Mayotte. Le passeur les a déposés sur un banc de sable à quelques mètres de la plage et là, ils avaient pied », décrit-il, avant d’ajouter: « Ils ont voulu rejoindre le rivage alors que beaucoup ne savaient pas nager. L’eau est en fait devenue plus profonde ».
D’après le représentant de l’ONU James Tsok Bot, ces pertes de vie parmi des migrants débarqués aux Comores sont les premières enregistrées.
« Cela montre vraiment l’aspect malheureux de ce mouvement qui est criminel », a-t-il accusé.
Un rescapé de 25 ans a raconté aux médias sur place son parcours depuis la République démocratique du Congo (RDC). Il a quitté la région congolaise du Nord-Kivu, déchirée par un conflit opposant les forces de Kinshasa au groupe antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda.
Après trois jours à traverser une forêt, il dit avoir rejoint en car la capitale tanzanienne Dar es Salaam, située sur la côte, à 700 kilomètres des Comores.
« Là-bas, on a pris un bateau. Le périple a duré sept jours. Au début nous étions dans la cale du bateau. On a très vite senti que le capitaine s’était perdu. A un moment, nous n’avions ni pain ni eau », a témoigné le survivant, qui a ensuite été interrompu par les forces de l’ordre.
En RDC, le M23 s’est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes parties de l’est de la RDC, région riche en ressources et ravagée par des conflits depuis plus de 30 ans.
Ayant choisi de rester français par deux référendums, en 1974 et 1976, avant de devenir un département français en 2011, Mayotte est l’objectif de nombreux migrants dans cette zone.
Près de la moitié de la population de Mayotte était étrangère en 2017, selon les chiffres de l’institut national de statistiques français.
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