samedi, janvier 17

Le rire, l’incrédulité, l’indignation, la peur. Depuis un an, l’humeur des Groenlandais a beaucoup varié en fonction des déclarations de la Maison Blanche à Washington. S’y ajoute désormais une franche colère, après que Donald Trump a répété sur tous les tons qu’il comptait bien s’emparer, de gré ou de force, de l’île inuite vaste comme quatre fois la France, mais peuplée seulement de 56 600 habitants. Il suffit pour le mesurer d’aller voir dans son atelier de Nuuk, la capitale, Kim Kleist-Eriksen, sculpteur de tupilaks, ces petits monstres vengeurs façonnés dans des défenses de morse, des os de baleine ou des bois de rennes très prisés dans l’art inuit. Sur son smartphone, il montre, sans commentaires, l’une de ses dernières créations commandées par un client local : un tupilak déchaîné muni de dents démesurées tenant d’une main la tête du président américain.

Dans la tradition groenlandaise, ces êtres maléfiques fabriqués par un chaman étaient lancés à la mer pour rechercher et détruire un ennemi spécifique. Une coutume à manier avec précaution cependant, car si la cible possédait des pouvoirs plus grands que lui, le tupilak pouvait être renvoyé à son créateur pour l’anéantir… Et, de fait, les Groenlandais redoutent par-dessus tout la puissance d’un chef d’Etat imprévisible capable d’envoyer une armada pour capturer sur son territoire le dirigeant d’un pays voisin – Nicolas Maduro au Venezuela – ou de menacer sans sourciller ses alliés historiques les plus proches comme le Danemark. Samedi 17 janvier, les habitants de Nuuk sont appelés à se rassembler « contre les Etats-Unis », en même temps qu’au Danemark, pour une manifestation qui s’annonce d’ampleur. Dans les conversations, comme sur les tee-shirts, le slogan « Le Groenland n’est pas à vendre » s’est répandu. Erfalasorput, le drapeau du Groenland, a commencé à s’afficher sur les bâtiments publics ou a été hissé sur des chantiers par des ouvriers.

Cette situation a poussé Paneeraq Siegstad Munk, l’évêque de l’Eglise évangélique luthérienne, dominante au Groenland, à écrire une lettre aux Américains rendue publique sur les réseaux sociaux. « Nous sommes un petit peuple, mais nous ne sommes pas invisibles. Nous avons une langue, une culture, des ancêtres, des enfants et un futur liés à cette terre. Nous ne voulons pas faire partie des Etats-Unis ! » « C’est seulement contre le président, pas contre les Américains, et j’espère qu’on reviendra bientôt à une vie normale », soupire l’ecclésiastique, dans son bureau de la cathédrale de Nuuk, sur le vieux port colonial.

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