vendredi, janvier 30

« C’est reparti pour un tour. » Sourire crispé et ton fataliste, Melania Trump s’adresse en aparté à une caméra qui la filme à quelques secondes de son arrivée à la cérémonie d’investiture de son mari, le 20 janvier 2025. L’ancienne mannequin aujourd’hui âgée de 55 ans est à l’affiche d’un film documentaire consacré aux trois semaines ayant précédé cette deuxième accession à la Maison Blanche.

« Cette histoire est inédite. Le public verra comment je gère mes sociétés, mes œuvres philanthropiques, ma famille, la façon dont je prépare la cérémonie, l’aile Est (détruite depuis par Trump pour y faire une salle de bal, NDLR), la transition d’une simple citoyenne à Première dame, une fois de plus », a-t-elle expliqué ce mardi sur Fox News.

Dans la même interview, Melania Trump a appelé à « la paix et à l’unité » et exprime sa « profonde compassion » après les manifestations contre les opérations de la police fédérale de l’immigration (ICE) ayant causé la mort de deux personnes à Minneapolis. Malgré ses déclarations, des opposants à la politique répressive de Donald Trump se sont servis des panneaux publicitaires promouvant le film de la Première dame pour exprimer leur colère.

Un premier mandat dans l’ombre

Pendant le premier mandat de son mari, entre 2016 et 2020, elle était plutôt restée en retrait. « On l’a très vite vu se mettre en retrait, c’était très curieux. Elle avait expliqué qu’elle préférait rester à New-York pour s’occuper de son fils. Un personnage déconcertant, difficile à cerner et pas très flamboyant », explique à BFM, Dominique Simonnet qui a coécrit l’ouvrage First Ladies, les conseillères de l’ombre (édition Tempus).

Elle a été éclipsée par la présence médiatique d’Ivanka Trump et a souffert de la comparaison avec ses deux prédécesseures.

« On a beaucoup vu Michelle Obama et Jill Biden pendant les mandats de leurs maris. L’hôtesse de la Maison Blanche durant le premier mandat Trump, c’était sa fille. On a dit que Melania Trump était timide, gênée par son fort accent, on voit bien que, quand elle assume sa fonction, elle le fait sans enthousiasme », note Anne Toulouse, journaliste et auteure de L’Art de trumper (éditions du Rocher).

Michelle Obama, qui a plutôt évité les sujets politiquement sensibles pendant les deux mandats de son mari, a bâti sa popularité sur des thèmes parlant à tous les Américains, la lutte contre l’obésité des enfants, la promotion d’une meilleure alimentation. Jill Biden, s’était distinguée en étant la première First Lady à reprendre un métier en parallèle à son activité de Première dame: professeur à l’université.

La caution empathique de son mari

Lors du premier passage de Donald Trump a la tête des États-Unis, Melania était sortie de sa réserve à de rares reprises comme en 2018, en pleine polémique sur la séparation des enfants de leurs parents sans-papiers, une pratique courante à la frontière mexicaine, qui a fait scandale une fois révélé par les médias américains. Melania Trump avait publiquement appelé de ses vœux à un accord bipartisan pour une réforme de l’immigration plus humaine: « un pays qui respecte toutes les lois, mais aussi un pays qui gouverne avec le cœur ».

Les experts sollicités par BFM s’accordent sur ce rôle subtil mais important pour l’image du président Donald Trump. Celui-ci s’est manifesté lorsqu’elle s’est exprimée sur l’immigration, sur les enfants ukrainiens kidnappés par la Russie – assurant avoir établi un « canal de communication » sur le sujet avec Vladimir Poutine – ou sur Minneapolis tout récemment. En dépit des affaires de mœurs, dont les dossiers Epstein, qui collent à la peau de Donald Trump et sa personnalité clivante, Melania Trump lui permet de jouer le rôle du « bon père de famille ».

« Elle a pu exprimer des désaccords avec son mari, et fait ressortir le côté humain dans certains dossiers comme avec la guerre en Ukraine. Elle est toujours là pour humaniser son mari. Melania Trump dégage une apparence de douceur qui apporte une touche d’empathie au président. Ils sont mariés depuis un quart de siècle, chacun doit y trouver son compte, elle a toujours dit de lui qu’il était un bon père pour son fils », rappelle Anne Toulouse.

Collusion d’intérêts publics et privés

Melania Trump s’est mise en scène lors de la promulgation d’un projet de loi anti revenge porn, prohibant la diffusion d’images intimes publiées sur internet sans consentement. Elle a été invitée à signer le texte aux côtés de son mari en mai 2025, un acte inédit. Mais son impact réel sur la politique de Donald Trump reste limité.

« On est très loin de la grande Edith Wilson, la femme de Woodrow Wilson, victime d’un accident vasculaire cérébral l’ayant laissé très handicapé en 1919, qui exerçait une sorte de régence, cachée du Congrès », illustre Dominique Simonnet. Comparaison impossible également avec Éléonor Roosevelt, « très active pendant la Seconde guerre mondiale, totalement engagée, impliquée dans des talk shows à la radio, très dynamique. »

En revanche, elle partage avec Donald Trump le goût pour les affaires et n’hésite pas à utiliser cette fonction de First Lady à des fins personnelles. « Comme son mari, elle profite de son statut pour faire fleurir son business. Il y a une collusion constante entre la sphère publique et privée. Elle a lancé une cryptomonnaie à son nom la veille de l’investiture sobrement baptisée $MELANIA. Son film est financé par Jeff Bezos, le patron d’Amazon qui a des intérêts considérables auprès de la Maison Blanche », énumère Dominique Simonnet.

Selon le Wall Street Journal, Melania Trump touchera plus de 70% des 40 millions de dollars qu’Amazon a déboursés pour financer le documentaire contre 14 millions par Disney. Jeff Bezos figurait au premier rang lors de l’investiture du républicain au Capitole.

Anne Toulouse estime en revanche que Melania Trump ne serait pas la seule First Lady à s’enrichir du fait de sa fonction. « C’est vrai que quand on est la Première dame, on a beaucoup de relations et ça sert beaucoup. Si vous voulez écrire un livre, et ça a été le cas pour Michelle Obama, on vous aligne tout de suite un million de dollars sur la table. »

En 2024, déjà, Melania Trump avait publié ses mémoires, détaillant sa carrière de mannequin, son mariage avec Donald Trump et ses années de Première dame, dans la pure tradition de celles qui l’ont précédée – Michelle Obama, en tête. Le livre s’est hissé dans le classement des meilleures ventes aux États-Unis dès sa sortie.

Article original publié sur BFMTV.com

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