mardi, août 18

Devant le micro, les yeux fermés, Asaba reste silencieuse un long moment avant de commencer à poser son couplet sur l’une des chansons collectives qu’elle enregistre dans ce studio ponctuel à Lagos, avec les autres filles du programme financé par l’Institut français de Paris. « Pendant ce court instant de méditation, en studio comme sur scène, je me revois toute petite, pleine de rêves, dans mon quartier d’enfance, Muea, à Buea » se souvient la chanteuse.

Pour Asaba, de son vrai nom Mary Asombang Asaba, le lieu qui a forgé son destin avant les notes musicales s’appelle Muea. Un quartier populaire que les locaux surnomment « Zion », le petit paradis, mais dont on dit souvent fatalement que rien de grand ne peut y éclore. Pourtant Mary a brisé ce préjugé.

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Élevée au sein d’une famille monoparentale de cinq enfants, elle grandit au rythme des travaux de la terre aux côtés d’une mère courage. « Grandir à Muea a été une bénédiction. J’y ai vu des mères, comme la mienne, se lever jour après jour, se battre pour que leurs enfants réussissent. Cela a forgé la femme forte, déterminée que je suis », confie-t-elle.

Les débuts d’une maîtresse de chorale

Ses premières influences portent la puissance vocale de Whitney Houston, Michael Jackson, la mélancolie d’Adele, mais aussi la douceur de la diva camerounaise Charlotte Dipanda. Cette mosaïque sonore façonne son timbre et sa plume. À l’école comme à la maison, l’adolescente chante en tout temps.

À l’église presbytérienne, dès 12 ans, elle fait ses premières armes en tant que soliste. Surnommée alors « Choir Mistress » – la maîtresse de chœur –, elle écume les chorales scolaires et religieuses jusqu’à un premier rendez-vous en studio, en 2008 à Molyko, Buea : « Je tremblais ! J’avais l’habitude de chanter certes, mais me retrouver face à un micro pour poser ma voix était une expérience nouvelle ».

La révélation au public et un premier album

À l’époque, comme le veut sa mère, Asaba suit des études de santé et devient infirmière diplômée d’État. Une profession qui ne va pas à éteindre sa flamme artistique intérieure. Sa révélation passe d’abord par le titre « Yele ». Plus qu’une chanson, un manifeste contre le body-shaming, invitant les femmes à s’aimer quelles que soient leurs formes.

Son premier hit, en 2022, sera « Mon Bebe », une ode à l’amour qui lui offre des nominations aux cérémonies de récompenses comme les Canal d’Or au Cameroun ou les All Africa Music Awards à l’échelle africaine. Puis vient l’album Lighter, comme un feu d’artifice de son arrivée sur le paysage musical.

Cet opus de dix titres, sorti sous le label Selfish Entertainment, dessine son univers et propose des collaborations avec des noms connus de l’industrie locale comme Mic Monsta, Locko, Kameni, Cleo Grae et surtout Mr Leo. Avec cette star, elle partage une histoire particulière : « C’est quelqu’un qui sait vraiment incarner la culture, c’est une icône dans notre pays. En plus il est le père de ma fille. Ma fille est la meilleure chose qui me soit arrivée, et je considère son père comme une bénédiction également ».

Asaba est donc devenue une figure de la scène camerounaise, sollicitée sur des festivals comme le Cimfest, cumule des millions de vues sur YouTube et enchaîne des singles comme « Number 1 » en feat avec le rappeur Kocee.

Chanter pour soigner

Comme pour s’aligner à son expérience passée dans l’univers médical, Asaba, qui a d’ailleurs lancé une fondation pour former aux gestes de premier secours, voit sa musique comme une thérapie. Notamment dans le quotidien complexe d’une femme, artiste et mère : « C’est un voyage difficile. Non content de vous fermer les portes, on tente d’associer vos succès à une main masculine qui vous aurait tout donné. Mais je veux que chaque femme dans cette industrie se fasse respecter et refuse qu’on la fasse taire ».

Musicalement, Asaba définit son style comme de l’Afro-soul. Une identité malléable qu’elle n’hésite pas à injecter dans l’afrobeats, le makossa ou le bikutsi. En digne représentante du « Continent » – le surnom que les Camerounais donnent à leur pays –, elle navigue avec aisance entre anglais, français, pidgin, camfranglais et les langues locales. Elle s’est même essayée au swahili sur le titre « Karibu ».

L’horizon international

« Le Cameroun compte plus de 250 tribus. Cette diversité culturelle nous donne une polyvalence pour faire une musique dans laquelle le reste du monde peut se reconnaître », s’enthousiasme-t-elle. Cette ouverture sur le monde semble franchir un cap.

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Asaba participe au programme ACS Amplify Her qui, à travers des étapes à Douala, Lagos et Accra, permet de faire des collaborations avec des artistes de plusieurs pays africains, comme Buitu Melo de Zambie, Kaesa du Ghana, Phina de Tanzanie, Dj Raj du Tchad, avec qui elle a enregistré des chansons au camp créatif du salon Showbiz 101 à Lagos.

Selon elle, ces initiatives sont le tremplin idéal pour exporter sa musique vers d’autres marchés : « Ces programmes prouvent que la musique est bien plus profonde que de simples sons. Elle n’a pas de frontières, et la langue importe peu lorsque de belles mélodies résonnent ». Portée par cette énergie renouvelée, Asaba voit grand pour l’avenir.

Alors qu’un deuxième album est en préparation, elle s’apprête à dévoiler un nouveau single intitulé « Bon Marché », avec l’espoir de faire pousser le son du « continent » encore plus loin.

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