vendredi, juin 12

  • L’Assemblée nationale a de nouveau approuvé jeudi la nationalisation d’ArcelorMittal.
  • La mesure est réclamée par les salariés du groupe sidérurgique.
  • Mais le Sénat et le gouvernement y sont opposés.

Ce nouveau vote va-t-il changer la donne ? L’Assemblée nationale a de nouveau approuvé, en fin d’après-midi, la nationalisation d’ArcelorMittal France, réclamée par les salariés du groupe sidérurgique. La proposition de loi avait déjà été adoptée le 27 novembre 2025, dans le cadre de la « niche » de La France insoumise, puis rejetée au Sénat le 18 février.

Adoption par 106 voix contre 49

Le texte était proposé par le groupe GDR (communistes et ultra-marins) dans le cadre de la journée annuelle qui lui est dévolue. Il a été adopté par 106 voix contre 49, sous les yeux de représentants des salariés. Toute la gauche a voté pour, la coalition gouvernementale contre, tandis que le RN s’est abstenu. Son allié de l’UDR (le parti d’Éric Ciotti) a voté contre. 

Pour les partisans de la mesure, dont le rapporteur (Parti communiste) du texte Nicolas Sansu, une nationalisation doit permettre un « investissement massif dans la décarbonation », sans quoi « une nouvelle vague de désindustrialisation frappera la sidérurgie européenne », alors que la production sidérurgique en France a chuté ces dix dernières années, suivant une tendance européenne. Estimant son coût « entre trois et quatre milliards d’euros », le rapporteur a pointé les promesses non tenues d’ArcelorMittal malgré les aides publiques massives dont le groupe a bénéficié.

Comparé aux 211 milliards d’aides publiques que l’État distribue chaque année, la nationalisation est une goutte d’eau

Sophie Binet

Quelques dizaines de salariés s’étaient rassemblés à la mi-journée près de l’Assemblée, avec à leurs côtés la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. « Oui ça coûte de nationaliser Arcelormittal, mais comparé aux 211 milliards d’aides publiques que l’État distribue chaque année sans condition ni contrepartie, c’est une goutte d’eau », a plaidé la leader syndicale.

À l’inverse, les opposants à la nationalisation pointent notamment une baisse de 11% de la demande de l’acier en Europe sur les cinq dernières années. Parmi eux, le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, qui a une nouvelle fois exprimé l’opposition du gouvernement à la nationalisation. Selon lui, « les vraies réponses » sont « les clauses de sauvegarde sur l’acier » et « la taxe carbone aux frontières », mises en œuvre au niveau européen.

Une adoption improbable

En raison de l’opposition du Sénat et du gouvernement, cette mesure n’a donc guère de chance de se concrétiser. Il faudrait, pour que la loi soit adoptée définitivement, que la chambre haute la vote dans les mêmes termes que l’Assemblée, ou que le gouvernement donne le dernier mot à cette dernière, deux hypothèses hautement improbables.

ArcelorMittal France a confirmé, en février, la construction à Dunkerque (Nord) de son plus gros four électrique d’Europe, plus de deux ans après la présentation d’un projet de décarbonation qui en comptait deux. Le groupe emploie environ 15.000 salariés en France.

Louan DENIEL avec AFP

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