samedi, février 14

  • Jeudi soir, des incidents ont éclaté en marge d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon et d’une mobilisation du collectif identitaire.
  • Quentin, 23 ans, proche du collectif identitaire Némésis, a été gravement blessé.

Des incidents ont éclaté jeudi 12 février en marge d’une conférence sur le thème des « relations entre l’Union européenne et les gouvernements européens dans le cadre du conflit au Proche-Orient » de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan organisée à 18h à Sciences Po Lyon et d’une mobilisation du collectif identitaire Némésis qui avait lieu à cette occasion. 

Ce soir-là, un jeune homme de 23 ans prénommé Quentin, proche du collectif d’extrême droite, a été passé à tabac. Hospitalisé, ce dernier est aujourd’hui, selon l’avocat de sa famille, Me Fabien Rajon, dans un état « désespéré ». Voici ce que l’on sait de la succession d’événements qui ont conduit à ce drame. 

La version du collectif Némésis et de la police

Selon le collectif Némésis, jeudi soir, ses militantes lyonnaises ont fait « un happening » devant la conférence de presse de Rima Hassan à l’institut d’Études Politiques de Lyon.

« Nos militantes, au nombre de cinq, ont été agressées aux abords du meeting. Non loin d’elles, une quinzaine de jeunes hommes étaient présents pour assurer leur sécurité. Ces hommes n’ont pas pu leur porter secours, car au même moment, ils ont été poursuivis par un groupe d’une trentaine d’antifas », a indiqué le collectif dans un communiqué vendredi. 

« L’un d’entre eux, Quentin, 23 ans, a été attaqué avec une extrême violence. Les antifascistes l’ont fait tomber à terre et l’ont tabassé, le laissant pour mort dans la rue. Quentin a été balayé au sol, son crâne a tapé, puis il a été lynché à coups de pieds. Ses agresseurs étaient cagoulés, armés de gants coqués et de lacrymos, laissant peu de doute sur la préméditation de leur attaque », d’après ce même communiqué.

Selon une source proche de l’enquête contactée par l’AFP, « il y a eu des échauffourées et une rixe entre des militants d’extrême droite et d’extrême gauche » comme il s’en produit « très régulièrement » sur le campus de l’Université Lyon 2 et devant l’IEP tout proche, et les policiers sont intervenus une première fois. Selon elle, les protagonistes se sont ensuite dispersés. 

Plus tard, à plus d’un kilomètre de là, les pompiers ont été appelés pour deux blessés, dont l’un était Quentin, « très grièvement blessé ». 

Une enquête ouverte par le parquet de Lyon

Le parquet de Lyon a annoncé vendredi avoir ouvert une enquête pour « violences aggravées » après l’hospitalisation, la veille, du jeune homme. 

« À ce stade, le contexte et les circonstances de ces faits doivent être déterminés », a-t-il ajouté dans un communiqué, précisant que l’enquête avait été confiée à la Direction interrégionale de la police.

La victime dans un « état désespéré »

« Quentin a été transporté à l’Hôpital Édouard-Herriot à la suite de ses blessures, inconscient. Il souffrait de nombreuses lésions cérébrales. Il a ensuite été placé dans un coma artificiel, en état de mort cérébrale. L’extrême-onction lui a été donnée par un prêtre », a rapporté vendredi Némésis sur Instagram

Selon Me Rajon, son client est aujourd’hui dans un « état désespéré ». L’avocat de la victime et de sa famille a précisé dans un communiqué vendredi que « le jeune Quentin n’était ni agent de sécurité, ni membre d’un quelconque service d’ordre et qu’il n’avait aucun antécédent judiciaire ». Dans un communiqué, il ajoute que « la thèse de la simple rixe entre deux groupes rivaux ne semble pas correspondre à la réalité des faits : il s’agirait plutôt d’un lynchage gratuit de la part de plusieurs individus, en surnombre et armés, qui se seraient acharnés sur la victime isolée. »

« Quentin n’a jamais été mis en cause dans la moindre affaire et encore moins pour violence par le passé, son casier judiciaire est vierge. Étudiant en mathématiques de 23 ans, pratiquant le tennis et la philosophie, il était investi dans la vie pastorale, en particulier au sein de la chorale de sa paroisse. Quentin a toujours défendu ses convictions de manière non-violente », a également souligné Me Rajon.

Nombreuses réactions politiques

Ce drame a déclenché d’innombrables réactions politiques, particulièrement dans les rangs de l’extrême droite. Marine Le Pen a appelé à considérer comme « terroristes » les « milices d’extrême gauche » et Jordan Bardella a sonné la « mobilisation de l’ensemble de la classe politique » en pointant du doigt le groupuscule dissous La Jeune Garde, proche de LFI.   

Le jeune est « entre la vie et la mort », a assuré aussi sur la plateforme X le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, qui dénonce une « folie furieuse qui s’est déchaînée alors que se tenait une conférence de Rima Hassan ».

« C’est une violence insupportable! Un jeune homme est entre la vie et la mort, c’est terrible! », a écrit X Philippe Baptiste, en demandant « aux dirigeants des établissements d’enseignement supérieur une mobilisation encore accrue en la matière ».

De son côté, le président des Républicains, Bruno Retailleau, a mis en cause « l’extrême violence qui règne dans les satellites qui gravitent autour de LFI ».

Pour sa part, le secrétaire général du parti Renaissance, Gabriel Attal, a dénoncé « la violence de l’extrême gauche (qui) s’est déchaînée », appelant à une « condamnation unanime » de ces faits « extrêmement graves ».

Rima Hassan a elle « fermement » condamné l’agression. « J’ai appris avec effroi les faits concernant le jeune homme Quentin, actuellement entre la vie et la mort à la suite d’un affrontement survenu hier à Lyon entre des militants antifascistes et des militants identitaires, présents aux côtés du collectif d’extrême droite Némésis, venus perturber la conférence à laquelle j’étais invitée à participer par les étudiants de Sciences Po », a écrit l’eurodéputée sur X.

Le député Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a condamné « avec la plus grande fermeté toute violence physique » à propos de l’agression de Quentin, assurant qu’aucun membre de l’équipe de Rima Hassan ou de son parti n’avait « eu de contact avec les groupuscules fascistes qui ont tenté de perturber » sa conférence. « Personne ne doit perdre la vie pour ses idées », a-t-il conclu.

Némésis pointe des membres de la Jeune Garde

Alice Cordier, présidente de Némésis, a accusé des membres de la Jeune Garde, un collectif antifasciste lyonnais créé en 2018 mais dissous par le gouvernement le 12 juin 2025 notamment pour des « agissements violents » récurrents, tout comme, le même jour, le groupe Lyon populaire, un groupuscule d’extrême droite lyonnais, pour les mêmes motifs. 

Ce sont généralement ces deux groupes qui s’affrontent régulièrement dans des rixes devant le campus de Lyon 2 depuis des années. « Mais c’est la première fois que l’on se retrouve avec une personne entre la vie et la mort », a déclaré à l’AFP une source proche de l’enquête.

Dans son communiqué, le collectif Némésis assure que ses militantes ont reconnu « les agresseurs » de Quentin. Il désigne deux individus, un collaborateur du député La France insoumise et membre actif de la Jeune Garde.

La rédaction de TF1info

Share.
Exit mobile version