Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff
Depuis 2019, l’augmentation constante de la production de cocaïne en Amérique latine et de sa consommation en Europe a provoqué mécaniquement une montée des quantités de cocaïne qui transitent par l’Afrique de l’ouest. Pour preuve les saisies qui n’ont cessées d’augmenter pour atteindre trente tonnes en 2025, selon des données compilées par l’ONG Gi-TOC, avec des saisies record pouvant aller jusqu’à dix tonnes saisies sur un seul bateau, inexistantes avant 2019.
Une route moins directe, mais « plus sûre » peut-on lire dans le rapport du Gi-TOC du fait de risques de saisie moins importants grâce à la corruption de différents intermédiaires. « Dans certains pays il s’agit d’acteurs politiques parfois au plus niveau de l’État, dans d’autres, d’agents au niveau du port ou des aéroports » explique Lucia Bird, l’une des auteures du rapport.
Les profits à des « niveaux records »
Mais, point commun à l’Afrique de l’ouest et à l’Europe, « les profits générés par le commerce de la cocaïne atteignant des niveaux records, les ressources disponibles pour alimenter la corruption ont (également) augmenté » affirment les experts du Gi-TOC, faisant du « marché de la cocaïne une source de revenus attrayante pour les fonctionnaires et les élites politiques » en Afrique de l’ouest dont l’implication dans ce trafic augmente.
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Exemple, en janvier 2025, la Sierra Leone a rappelé son ambassadeur en Guinée Conakry après la découverte de valises remplies de cocaïne dans des véhicules de l’ambassade. Et, depuis 2021, plusieurs scandales publics ont vu certains ministres bissau-guinéens impliqués dans le trafic de cocaïne. Enfin, l’intensification du trafic de cocaïne provoque aussi une hausse de la consommation en Afrique de l’ouest, en particulier sous forme de crack. L’initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée Gi-TOC appelle les États d’Afrique de l’ouest à traiter « la consommation de cocaïne comme un problème de santé publique et pas uniquement comme un défi pour la justice pénale ».
« Dissimulée dans des marchandises comme les noix de cajou, le cacao, le bois… »
De plus, « la région ne sert plus seulement de corridor vers l’Europe. Elle est de plus en plus également utilisée comme plateforme de stockage, de reconditionnement et de distribution des dans les chaînes d’approvisionnement mondiales du trafic de cocaïne, précise Mouhamadou Kane, l’un des auteurs de ce rapport. Et une partie de cette dynamique s’appuie bien entendu sur le commerce maritime, où la cocaïne peut être dissimulée dans des marchandises exportées depuis la région, comme les noix de cajou, le cacao, le bois ou d’autres produits commerciaux et les flux commerciaux existants vers la Turquie, le Moyen-Orient, l’Inde ou certains marchés asiatiques offrent ainsi aux réseaux criminels de nouvelles opportunités pour diversifier leurs routes et accéder à des marchés de consommation en expansion ».
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