mercredi, février 4

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a dit mercredi « regretter » d’avoir nommé Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, l’accusant d’avoir « menti » sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, et a accepté sous la pression de publier les documents liés à cette nomination.

Peter Mandelson, qui a été démis de son poste d’ambassadeur en septembre dernier, est depuis mardi sous le coup d’une enquête de police, soupçonné d’avoir transmis des informations financières sensibles à Epstein alors qu’il était au gouvernement entre 2008 et 2010.

Ces dernières révélations en date, issues des documents publiés par le ministère américain de la Justice, marquent une nouvelle étape dans la chute de M. Mandelson et sont une source d’embarras supplémentaire pour le chef du gouvernement travailliste, déjà impopulaire et confronté à un mécontentement croissant au sein même de son parti.

Peter Mandelson « a menti de façon répétée à mon équipe lorsqu’on lui a posé des questions sur sa relation avec Epstein avant et pendant son mandat d’ambassadeur. Je regrette de l’avoir nommé », a déclaré Keir Starmer.

Face aux assauts de la cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, il a dû reconnaitre qu’il était au courant de liens entre MM. Epstein et Mandelson. Mais « si j’avais su à l’époque ce que je sais maintenant, il n’aurait jamais » été nommé, a-t-il précisé.

« Mandelson a trahi notre pays, notre parlement et mon parti », a ajouté le dirigeant travailliste.

Sous la pression de l’opposition et de nombreux députés de sa majorité, le gouvernement a accepté de publier « dès que possible » les documents liés à la nomination et à la révocation de M. Mandelson, et de transmettre à une commission parlementaire ceux qui pourraient « être préjudiciables à la sécurité nationale ou aux relations internationales ».

Les députés ont entériné mercredi soir cette décision, à l’issue d’un long débat durant lequel plusieurs élus, y compris travaillistes, ont fustigé l' »erreur de jugement » de Keir Starmer, pour avoir nommé M. Mandelson.

– « Inexcusable » –

Après seulement sept mois en poste, Peter Mandelson avait été démis de ses fonctions après de précédentes informations sur ses liens avec Epstein, notamment une lettre où il disait au financier le considérer comme son « meilleur ami ». Le gouvernement avait alors expliqué que « l’étendue des relations » entre les deux hommes n’était pas connue au moment de sa nomination.

Dans un autre e-mail adressé à Epstein datant de juillet 2009, Peter Mandelson s’exclame « Jour de la libération! », semblant se réjouir de la sortie de prison du pédocriminel.

Figure du parti travailliste, artisan avec Tony Blair du New Labour, plusieurs fois ministre, ancien commissaire européen, Peter Mandelson, 72 ans, est un homme d’influence qui avait toujours su rebondir. Jusqu’à ce que son amitié avec Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019, finisse par le faire tomber.

Des documents font maintenant soupçonner qu’il ait divulgué au financier américain des informations susceptibles d’influencer les marchés, notamment lorsqu’il était ministre du Commerce dans le gouvernement de Gordon Brown, de 2008 à 2010.

La police a ouvert mardi une enquête pénale le visant, peu après que Gordon Brown lui ait transmis des informations sur ce qu’il a qualifié d' »acte inexcusable et antipatriotique ». Mercredi, elle a demandé au gouvernement de ne pas rendre publics « certains documents » liés à la nomination de M. Mandelson comme ambassadeur, au risque de « porter préjudice » à son enquête.

M. Mandelson a quitté le parti travailliste dimanche, puis la Chambre des Lords mercredi. Il n’a pas commenté les dernières révélations.

Dimanche, il avait assuré n’avoir « ni trace ni souvenir » de versements d’un total de 75.000 dollars (63.200 euros) de la part du financier américain en 2003 et 2004, dont semblent attester des relevés bancaires publiés dans le cadre du dossier Epstein.

Il avait également assuré ne pas savoir qui était la femme à ses côtés sur une photo le montrant en tee-shirt et caleçon, publiée dans le même cadre.

En janvier, dans une interview à la BBC, M. Mandelson avait fini par s’excuser auprès des « femmes et filles qui ont souffert » des agissements d’Epstein, reconnaissant avoir eu tort d’avoir maintenu ses liens avec le criminel sexuel après sa condamnation en Floride en 2008 pour recours à des prostituées mineures.

L’ancien ministre avait auparavant assuré avoir été « tenu à l’écart », en raison de son homosexualité, des agissements sexuels du financier, qui recrutait des jeunes filles mineures pour les exploiter.

alm-mhc/bfi

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