« Vendredi sera le jour 4 018. » Sur le pont en face du Kremlin, Irina a prévu de poser, vendredi 27 février au soir, une petite pancarte avec ce chiffre, macabre souvenir et poignant hommage. 4 018, c’est le nombre de jours passés depuis l’assassinat de Boris Nemtsov, l’un des chefs de file libéraux de l’opposition anti-Kremlin, tué à coups de pistolet dans le dos sur ce pont enjambant la Moskova, le 27 février 2015. Il y a donc onze ans, jour pour jour.
Les commanditaires n’ont jamais été arrêtés. Mais, inlassablement, toutes les semaines, chaque jeudi et vendredi, jour et nuit, une petite dizaine de bénévoles, comme Irina, se relaient pour entretenir un mémorial non officiel sur ce que beaucoup ont baptisé le « pont Nemtsov » : des photos de l’opposant entourées de quelques fleurs et bougies à même le sol. « Un lieu fort en symboles », explique Irina, contactée de Paris par messagerie sécurisée. Opposante au Kremlin et « à sa guerre qui n’est pas la nôtre », elle demande, par précaution, à rester anonyme.
Dans la Russie de Vladimir Poutine, où toute voix critique est réprimée, il n’est pas interdit de déposer des fleurs sur un pont. Tout comme, lundi 16 février, la police n’a pas empêché des centaines de Moscovites de se rendre sur la tombe d’Alexeï Navalny, pour le deuxième anniversaire de la mort en prison du plus célèbre des leaders anti-Kremlin.
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