
Au train où vont les restaurations, la carte mondiale du cinéma n’en finit plus de se déplier sous nos yeux. Aujourd’hui, c’est à la Géorgie que la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, consacre sa rétrospective, jusqu’au 3 mars. Consacrée à la mémoire du muet, l’institution remonte ainsi aux sources méconnues de cette « petite » cinématographie, en une vingtaine de films courant de 1922 à 1936. Plus proches de nous, des cinéastes comme Otar Iosseliani (1934-2023) ou Alexandre Koberidze (Sous le ciel de Koutaïssi, 2021) nous avaient déjà renseignés sur un certain penchant local pour l’exubérance et la poésie. Le programme confirme que cette excentricité ne date pas d’hier : le cinéma géorgien s’y révèle dans toute son originalité, sa drôlerie irrésistible, tout en reflétant la sensualité méridionale de cette terre sud-caucasienne mordant déjà sur l’Asie.
Ce n’est pas rien, quand on sait que l’histoire du cinéma géorgien a partie liée avec celle du cinéma soviétique, puisque le pays fut intégré à l’URSS (en 1921), et les studios de Tiflis (l’ancien nom de Tbilissi) une antenne périphérique de Moscou – au même titre que les studios d’Odessa pour l’Ukraine. Dès 1917, les cinéastes géorgiens reçoivent l’impulsion de la révolution et participent de l’élan de l’avant-garde. Mais dix ans plus tard, à la charnière des années 1930, la doctrine officielle met les arts au pas, sous la tutelle du « réalisme socialiste ». Malgré cela, le cinéma géorgien demeurera un irréductible foyer de singularité et d’indiscipline. Ce qui n’empêchera pas bien des œuvres de se heurter à la censure de Moscou, certaines mises sous le boisseau durant des décennies.
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