mercredi, mars 11

La mairie d’Hénin-Beaumont, symbole de l’implantation locale du Rassemblement national (RN), a permis de former nombre de jeunes cadres du parti dans le Pas-de-Calais où un nombre record de listes RN pour les municipales a été déposé.

La ville, fief électoral de Marine Le Pen, se veut un « modèle », alors que l’opposition déplore une gestion « autoritaire ».

Mais pour le député RN Bruno Clavet, c’est surtout « une très bonne école » pour les candidats du bassin minier. Lui-même, originaire du sud, a travaillé comme chargé de communication puis responsable événementiel de la ville jusqu’en 2024, et rêve d’arracher au PS la mairie de Lens, capitale symbolique du bassin minier, à quelques kilomètres d’Hénin-Beaumont.

Si le parti est parvenu à présenter 45 listes dans le département, contre 28 en 2020, c’est selon lui « le fruit des gestions exemplaires Rassemblement National à Hénin-Beaumont et Bruay-La-Buissière ».

À Hénin-Beaumont, la condamnation du maire PS pour détournements de fonds publics en 2013 et son clientélisme « ont largement contribué à discréditer la mairie socialiste », rappelle Sylvain Crépon, maître de conférences à l’université de Tours.

« Désindustrialisation « , « vampirisation des commerces locaux par des grandes zones commerciales » ont donné du crédit à un « discours identitaire, qui consiste à dire +les nôtres avant les autres+ ».

– « gestion autoritaire » –

De quoi ouvrir un boulevard à Steeve Briois, enfant du pays élu dès le premier tour en 2014 avec 50,2%. Il fera encore mieux six ans plus tard, raflant près de trois quarts des voix. Et face à une opposition désunie, il a toutes les chances de rempiler.

Le quinquagénaire cultive une popularité respectable: sur le marché, impossible pour lui de faire plus d’un mètre sans saluer un habitant et écouter ses demandes.

Mais ses opposants, à commencer par Inès Taourit, à la tête d’une liste de gauche soutenue par Marine Tondelier, dénoncent une « gestion autoritaire », et « une absence d’échanges ». La secrétaire nationale des Verts, élue d’opposition sortante dans sa ville d’origine, et qui ne se représente pas cette année, a porté plainte pour injures lors d’un conseil municipal.

Houari Benhadja, à la tête de la troisième liste, soutenue par LFI, abonde: « dès que vous êtes opposé à eux, on vous attaque, même personnellement ».

Une « dizaine de personnes » de sa liste n’ont pas « osé figurer en photo » sur les tracts, de peur de « représailles » assure-t-il, déplorant « c’est dans une dictature qu’on a peur de s’afficher ».

Plusieurs manifestations ces derniers mois ont rassemblé quelques centaines de personnes pour dénoncer la « répression syndicale » de la mairie.

– « vivier de recrutement » –

David Noël, président de la branche locale de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et ancien élu communiste au conseil municipal, déplore « une chape de plomb », alors qu’à l’arrivée de Steeve Briois à la mairie, la LDH avait perdu des subventions. Selon lui, « les associations savent qu’elles n’ont pas intérêt à critiquer la municipalité » sous peine de « mesures de rétorsion ».

Pourtant, M. Briois affirme avoir ressenti en 2014 « un devoir d’exemplarité » dans cette vitrine de la gestion RN.

D’après Valentin Guéry, sociologue à l’université Paris-Nanterre, l’objectif du RN dès les années 2000 a été, à partir d’Hénin-Beaumont, de « faire tache d’huile » dans le département. La mairie « vivier de recrutement » a accueilli de jeunes cadres venus d’ailleurs, qui ont profité de cette implantation, tout en « comblant quelques lacunes et quelques angles morts du RN, notamment sur l’expertise de sujets techniques », explique-t-il.

Ainsi Arnaud de Rigné, collaborateur parlementaire de Marine Le Pen et candidat à Carvin, autre ville minière voisine, a lui aussi été fonctionnaire territorial à la mairie d’Hénin-Beaumont. S’il dit ne pas vouloir « copier », il cite cette mairie comme « un bel exemple ».

Dany Paiva, ancien chargé de communication à Hénin-Beaumont, est également candidat, à Liévin (Pas-de-Calais).

Bruay-la-Buissière, deuxième ville conquise par le RN dans le département en 2020, a elle aussi accueilli des jeunes du parti, comme Alexandre Maeseele, désormais candidat dans la ville voisine de Béthune.

Le RN espère donc progresser dans le bassin minier, avec l’enjeu « d’aller récupérer des intercommunalités » et « de pouvoir constituer un groupe à terme au Sénat », note Valentin Guéry.

cln/cnp/abl

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