Dans le dossier de plainte, elle s’appelle Jane Doe, le terme utilisé aux États-Unis pour anonymiser quelqu’un ou nommer une personne non identifiée. Jane, qui a demandé à garder son anonymat, est la quatrième anonymisée d’une plainte contre xAI, l’entreprise derrière Grok. Dans le document juridique, l’Américaine originaire du Wyoming rapporte que son beau-père a généré des milliers d’images pédopornographiques d’elle à l’aide d’une photo datant de son enfance et de Grok.
Auprès du Washington Post, qui révèle cette affaire dans une longue enquête, l’Américaine explique qu’en début d’année, alors qu’elle se rendait au domicile de ses parents dans le Wyoming, elle a découvert les lieux remplis de policiers. En pleine perquisition, les forces de l’ordre avaient un mandat pour fouiller les appareils électroniques de son beau-père. Quelque chose en rapport avec l’IA, lui a dit l’un d’eux.
Une photo appelée « son beau-père la viole »
Plus tard, la plaignante a découvert que son beau-père avait créé plus de 7.000 images d’elle enfant sexuellement explicites et les échangeait sur Internet. Selon la plainte consultée par le Washington Post, il a utilisé le chatbot Grok, appartenant à la société d’Elon Musk xAI, pour générer ces images sur la base d’une photo d’elle à onze ans, allongée sur un canapé dans un T-shirt trop grand. L’une des images créées s’appelait « son beau-père la viole ».
Deux jours après la perquisition, le beau-père de Jane Doe 4 s’est suicidé dans sa voiture.
Depuis cette découverte, la vie de Jane Doe 4 n’est plus la même, rapporte-t-elle au journal américain. Elle dit avoir commencé une thérapie pour ce traumatisme et être anxieuse. « Ma vie était totalement normale. Même pas 48 heures après, c’était un véritable cauchemar », déclare-t-elle.
« Je mentirais si je disais que je n’ai pas eu des idées suicidaires intenses », a-t-elle confié au journal.
Faits similaires dénoncés par trois adolescentes du Tennessee
En juillet, elle a rejoint une plainte au niveau fédéral, lancée en mars par trois adolescentes du Tennessee, appelées Jane Doe 1, 2 et 3. Deux d’entre elles sont encore mineures. Elles affirment toutes que Grok a été utilisé pour sexualiser des photos d’elles plus jeunes, selon le journal.
Les photos d’elles générées par Grok, basées sur des clichés ordinaires volés sur les réseaux sociaux ou les annuaires scolaires, ont circulé sur X, Discord et Telegram, puis migré vers le dark web, servant eux aussi de monnaie d’échange pour d’autres contenus pédopornographiques, selon la plainte.
Dans un communiqué publié par les avocates en mars, la mère d’une plaignante se désolait: « Voir ma fille faire une crise de panique en réalisant que ces images avaient été créées et diffusées sans espoir de les effacer a été déchirant ». L’une des plaignantes souffre de cauchemars récurrents, une autre a besoin d’un accompagnement médical pour dormir et redoute d’assister à sa cérémonie de diplôme.
Elon Musk fustige les régulations de Grok au nom de la « liberté d’expression »
Cette plainte collective, déjà rendue publique en mars, se base sur deux textes fédéraux américains, la loi Masha qui permet aux victimes de pédopornographie d’obtenir des dommages et intérêts, et la loi sur la protection des victimes de traite des êtres humains.
Autour du Nouvel An 2026, des montages de femmes et d’enfants dénudés ont proliféré sur X, suscitant un tollé mondial et l’ouverture d’enquêtes en Europe et aux États-Unis. Selon une étude du Center for Countering Digital Hate (CCDH), Grok aurait généré près de trois millions d’images sexualisées en seulement 11 jours fin 2025, dont 23.000 représentants des mineurs.
Face au tollé, xAI avait restreint mi-janvier la génération d’images avec Grok à ses seuls abonnés payants et assuré bloquer la génération d’images sexualisées « au sein des juridictions où cela est illégal ».
Elon Musk, qui s’exprime quotidiennement sur X, a fustigé les régulations des gouvernements, accusés de vouloir « supprimer la liberté d’expression ».
Article original publié sur BFMTV.com



