samedi, octobre 5

L’enquête sur la mort de Robert Boulin connaît un nouveau rebondissement avec l’identification d’un homme, soupçonné d’être lié à sa mort.
Décédé en 1986, le « truand » aurait mis en scène la mort du ministre du Travail, faisant croire à un suicide.
L’homme politique était alors mis en cause dans une nébuleuse opération immobilière.

45 ans après les faits, le mystère autour de la mort de Robert Boulin est peut-être en passe d’être élucidé. Grâce à un nouveau témoignage clé, un homme décédé en 1986 a été identifié comme suspect dans le décès en 1979 de l’ancien ministre du Travail sous Valéry Giscard d’Estaing, a indiqué à l’AFP le parquet de Versailles ce vendredi 4 octobre, confirmant une information de Mediapart (nouvelle fenêtre).

Henri Geliot, un « truand » né en 1919 et décédé en 1986, a été retrouvé grâce à un numéro de plaque d’immatriculation transmis par un témoin entendu en 2023 par la juge d’instruction chargée de résoudre cette énigme politico-financière. Sollicité par l’AFP, le parquet de Versailles a confirmé que ces « informations factuelles » se trouvaient bien dans le dossier mais qu’à ce stade, « aucune conclusion dans un sens ou dans un autre n’en a été tirée judiciairement parlant »

Une plaque d’immatriculation qui permet de remonter jusqu’au suspect

Le témoin, Elio D., a raconté avoir entendu dans les années 1980 une conversation dans un club de Ville-d’Avray, ville cossue de la banlieue ouest de Paris, entre des « barbouzes », « truands » et « hommes de main », comme le rapportait une source proche du dossier fin août. Lors de cette conversation, ils évoquent la mort du ministre, déclarant l’avoir mis en scène. La cause de ce crime : une opération d’intimidation qui aurait mal tourné.

Elio D. prend alors soin de noter l’immatriculation de la voiture, une Mercedes, d’un des hommes présents. Très âgé, il s’est décidé à dévoiler ces informations aux enquêteurs en 2023, au crépuscule de sa vie, leur indiquant n’avoir plus que quelques années à vivre à cause d’une grave maladie. « Le temps, c’est aussi parfois ce qui permet à ceux qui ont peur de s’exprimer de se libérer d’un poids », souligne Marie Dosé, avocate de la fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat. « L’important, c’est de ne plus rater les occasions de savoir. »

Un assassinat déguisé en noyade

Robert Geliot, l’un des hommes participant à cette conversation, se présentait explicitement comme l’un des hommes impliqués dans le meurtre. Selon Mediapart (nouvelle fenêtre), ce « truand haut placé », cafetier de profession, n’en était pas à ses premiers méfaits : il a été mis en cause principalement entre 1939 et 1958 pour divers délits, dont des violences avec arme à feu.

Le corps de Robert Boulin, 59 ans, alors membre du RPR et ministre du Travail du gouvernement de Raymond Barre, avait été retrouvé dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines, en 1979. À l’époque, les enquêteurs concluent à un suicide par noyade après ingestion de barbituriques. Le ministre venait en effet d’être mis en cause concernant les conditions d’acquisition d’un terrain à Ramatuelle (Var).

Selon la source proche du dossier, l’homme politique a été violenté par plusieurs hommes pour le détourner de ses ambitions politiques supposées, potentiellement susceptibles de faire de l’ombre à Jacques Chirac, alors patron du RPR. Toujours selon cette source, cette opération a alors mal tourné et Robert Boulin a été tué et son corps disposé de manière à simuler une noyade.

Charles Pasqua comme donneur d’ordre ?

Alors que l’enquête en cours depuis 2015 s’acheminait vers un non-lieu, après un avis de fin d’information judiciaire et un réquisitoire du parquet en ce sens, la manifestation spontanée de ce témoin auprès des enquêteurs a tout changé. Entendu en 2023 par la juge d’instruction, selon la source proche du dossier, il mentionne plusieurs personnes impliquées à divers degrés dans l’assassinat de celui qui a aussi été ministre de la Santé publique et de l’Agriculture. Elio D. cite notamment deux hommes politiques de l’époque qu’il dénonce comme donneurs d’ordre : Pierre Debizet, patron du Service d’action civique (SAC), le service d’ordre du parti gaulliste, et Charles Pasqua, l’un des premiers dirigeants du SAC.

« Nous commençons à éprouver un début de soulagement en constatant que malgré les réticences de l’institution judiciaire à faire son travail, les choses avancent », a réagi Me Dosé. « Il reste néanmoins beaucoup de travail à faire », a-t-elle souligné, espérant que « la justice se montre enfin digne de sa mission »

Fin août, elle avait déclaré à l’AFP avoir la certitude que « plus personne ne peut objectivement soutenir aujourd’hui que Robert Boulin s’est suicidé, sauf ceux qui ont intérêt à le faire ».


Zoe SAMIN Avec AFP

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